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9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 15:39

Séminaire de réflexion personnelle et collective,

en partenariat avec  les Voix de la Paix : 2 et 3 février 2018, Paris

 

Un projet absolument novateur ;

Explorer en profondeur la notion « d’inter-convictionnalité », portée par les Voix de la Paix » ;

Animé par Josette HALEGOI, de Mimesis, avec Jean-Philippe BOUILLOUD ;

Une adresse-événement sur la page Facebook des Voix de la Paix : https://www.facebook.com/events/2009429192677768/

 

Les Voix de la Paix et moi-même vous souhaitons une merveilleuse année 2018, riche de rencontres, de dialogues et de convictions  !

 

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 20:13

 

Prêt à parier que tous ceux qui détiennent des fonds, des comptes ou des sociétés dans les paradis fiscaux, sont de ceux qui se scandalisent contre les heures d’attente aux urgences dans nos hôpitaux ; dénoncent les insuffisances de l’Ecole publique tout en en défendant le système des Grandes écoles ; pestent contre les lenteurs de la justice ou l’inefficacité de la police ; s’irritent face à l’impuissance de l’Etat dans ces quartiers où eux-mêmes n’osent pas s’aventurer ; et critiquent l’insuffisance de l’investissement public dans l’économie et l’industrie. Sans parler du déficit de l’Etat et de l’‘excès’ de fonctionnaires.

Mais sont-ils conscients que toutes ces insuffisances, c’est eux, faute de crédits, parce qu’ils ont eux-mêmes volé cet argent public en distrayant leurs revenus de l’impôt ? Que si l’hôpital, l’école, la justice, la police, l’investissement sont indigents, c’est de leur faute ? Parce qu’ils ont volé ces milliards indispensables – et dûs – à la nation ? Le faire en profitant des failles de la législation n’est légal que par abus de langage, dans la mesure où ils le font au rebours de ce qu’a voulu le législateur : il s’agit bien de ‘failles’, et non d’une quelconque autorisation ; légale ou illégale il s’agit bien toujours d’ ‘’évasion’’ fiscale…

De tout cela, ils ne se rendent sans doute même pas compte.

Ils devraient venir au culte.

                                                                                                                 Envoyé à Réforme le 24/11/17

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 10:53

 

Terrifiant rapport signé par 15 000 scientifiques de toutes disciplines et de tous pays, dont plus de 100 Nobels, qui annoncent l’horizon catastrophique de notre planète. Planète où la vie humaine deviendra tout simplement impossible. Le Monde titre en Une et en énorme : « Il sera bientôt TROP TARD ». Ailleurs : « On ne va pas dans le mur, on y est ! ». Ce mur, c’est l’état mortifère, fatal à quasi court terme, de notre planète et de l’humanité.

Mais… sommes-nous vraiment conscients de ce qui se passera juste avant ce mur, quand les changements climatiques auront provoqué d’immenses pressions migratoires de la faim et de la soif, en comparaison desquelles les migrations actuelles sont dérisoires ? Il y a hélas peu de scénarios possibles : guerre atomique mondiale, qui ‘règlera’ le problème pour l’essentiel de l’humanité… Guerres civiles généralisées pour l’accès à l’eau, à l’air, à la nourriture, aux médicaments… Extinction lente de nos petits-enfants, de faim, de soif, de chaleur, de séismes, de maladies, de cancers, de suffocation… Dictature mondiale genre communiste imposant un rationnement général…

L’effort à faire est tel, et, on le constate bien, les sacrifices économiques et humains si grands dans tous les domaines, que ces scénarios impensables deviennent plus probables qu’une prise de conscience mondiale des peuples et de leurs dirigeants.

 

Que faire ? Prier ? Mais Dieu nous a laissé la responsabilité de notre planète, l’ « Adamah », c'est-à-dire « l’Humaine ». Alors se mobiliser sans précédent à l’échelle du monde entier, pour que nos responsables se sentent enfin autorisés à organiser des sacrifices drastiques ? On en est loin. Ou bien continuer individuellement de vivre le plus vite, le plus fort et le plus joyeux possibles, le plus longtemps possible ? C’est le choix de beaucoup. Ou sinon : élever nos enfants et petits-enfants en sorte de les rendre assez forts et déterminés pour rester parmi les rares survivants ?

J’ai peur.

(Publié dans Réforme le 30/11/207)

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 12:03

 

C'est sur les sentiers de Galilée, il y a neuf ans, à l'occasion d'une marche biblique organisée par l’Église Protestante de Pentemont-Luxembourg, que j'ai fait la connaissance d'Ariane Fournier. Une femme que je ne peux voir encore aujourd'hui que comme une jeune femme, belle, intelligente, généreuse, élégante, joyeuse et chaleureuse, enthousiaste et musicienne aussi.

Au retour de cette marche spirituelle, que j'avais animée en tant que pasteur, elle vient me voir et me dire que cette semaine l'avait fait réfléchir, rapprocher de la foi, et qu'elle aimerait se rendre utile à l’Église.

« Que pourrais-je faire ? » me demande-t-elle.

- Que sais-tu, qu'aimes-tu, que voudrais-tu faire ?

- De la communication, c'était mon métier. Et pourquoi pas créer un Prix de Cinéma Protestant ? Je suis passionnée de cinéma, je connais du monde dans ce milieu, et aussi des journalistes... »

 

Tope-là. On se lance. Et naît le Prix du Cinéma de l'Auditoire, aujourd'hui de l'Atelier Protestant. Avec de vieux amis et de bonnes relations d'Ariane ; et une poignée de cinéphiles de la paroisse, d'ailleurs toutes féminines.

L'idée de base qui était la nôtre, à Ariane et moi, était de créer un prix vraiment protestant, c'est-à-dire pas du tout religieux, mais exprimant la conviction centrale de la foi protestante : que rien, ni personne, n'est jamais perdu, que la fatalité n'est jamais irrémédiable, et que quelque chose comme une grâce, un changement, un renversement de l'histoire ou du destin, une rupture, une issue inespérée, en quelque sorte une rédemption ou un salut, était toujours possible.

Bref, nous voulions couronner des films à la fois réalistes et qui donnaient de l'espoir, desquels on repartait plus forts, plus heureux, plus optimistes et même plus engagés. Un peu comme Ariane après cette marche biblique… Et ce sont bien de tels films qui ont ainsi été couronnés, tels que Je suis heureux que ma mère soit vivante, Binda Bilili, Et maintenant, on va où ? ou Les saphirs

 

Aujourd'hui, plusieurs années ont passé, et la sélection du Prix de l'Atelier Protestant a un peu évolué, d'une façon peut-être plus en phase avec l'époque, plus inquiète, plus désespérée. Et cette nouvelle orientation propose toujours de beaux films, mais peut-être offrant moins de l'espoir que soulignant la difficulté, parfois la désespérance de notre temps... Un peu comme le film primé cette année (Chala, une enfance urbaine), où la situation de chacun des personnages est pire à la fin qu'au début. Mais en réalité, notre temps est-il tellement désespéré ?

 

Entre temps, aussi, Ariane Fournier, a eu la très mauvaise idée de nous quitter beaucoup trop tôt. Elle avait rêvé de faire du Prix du Cinéma Protestant un grand Prix, médiatique, reconnu, différent, capable de donner un surplus d'élan à ces films utiles parce que pleins d'espoir. Mais la maladie l'a rattrapée, la diminuée, si tristement pour ses amis ; sa présence au Jury du Prix n'était  plus qu'une ombre d'elle-même. Puis elle n'est plus venue, et maintenant elle n'est plus là, pour toujours.

Une grande amie que nous avons perdue ; une personne lumineuse, toujours positive, chaleureuse, sans aucune prétention, mais pleine d'espoir ou d'ambition pour ceux qu'elle aimait et pour ce en quoi elle croyait. Elle n'est plus là, elle n'est pas là ce soir, elle ne sera plus jamais là. Sauf dans nos cœurs, bien sûr. Et elle nous a laissé ce cher Prix de Cinéma de l'Auditoire-Atelier Protestant. Pour cela, et pour elle, merci.

 

Remise du Prix de l’Auditoire 2016

Cinéma Studio Médicis, Paris, 22 janvier 2017

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 17:11

Nice, Munich… Il est peut-être temps de comprendre, et surtout dire, que cette violence sauvage ne vient pas d’ailleurs, de l’extérieur, de l’étranger, mais de l’intérieur. De chez nous. C’est nous qui lui donnons naissance, la couvons, la créons. Comment ? On le sait : par la difficulté à trouver sa place dans la vie, partout dans le monde et y compris en Europe, alors que l’inégalité s'accroît entre milieux riches de plus en plus riches, et milieux pauvres et précaires, de plus en plus précaires et de moindre en moindre avenir. La majorité des assassins fous ne viennent pas de l’étranger, Moyen Orient ou autres, ils sont souvent nés et ont grandi parmi nous. Ce sont des franco-, des belgo-, des germano- quelque chose, c'est-à-dire des personnes issues des groupes auxquels nous faisons le moins de place. Et, en majorité, des convertis. La propagande de Daech, terriblement efficace, ne sert que de justification idéologique et identitaire à ces gestes fous.

L’appel aux Etats d’assurer une protection absolue à leur population a donc quelque chose d’enfantin et de vain. Que ce soit en France, en Allemagne ou même en Turquie – pays tenu d’une main sans pitié, où les attentats sont pourtant plus fréquents qu’ici – aucune société n’empêchera ses enfants rendus furieux de se tuer en tuant les autres.…

Quelle issue alors ? Sûrement pas la guerre, mais, au niveau mondial comme national, de mettre fin au cynisme économique et social qui nous pourrit de l’intérieur. Jésus appelait cela le Royaume de Dieu, c’est un peu haut pour nous, mais il nous invitait simplement à déjà commencer…

Jean-paul Morley

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 16:52

On pourrait écrire cela pour quelqu’un dont la vie n’a pas été reluisante. Peut-on, ou même doit-on, le dire aussi pour quelqu’un dont la vie a été exemplaire ?

Prenons Michel Rocard. Depuis son apparition avec le PSU, j’ai toujours eu, comme beaucoup d’autres, le plus grand respect, une fidélité et une vraie admiration envers lui. Pour ce que tous reconnaissent : intelligence, vision, volonté, cohérence, droiture, honnêteté. Et sa simplicité, pour l’avoir rencontré en certaines occasions.

A son actif, bien sûr, tous ses succès : décentralisation, RMI, intégration – il y tenait – des catholiques de gauche à la gauche socialiste, déblocage de l’économie sociale, inoubliable mission en Nouvelle Calédonie, crédibilisation d’une culture de gauche réaliste, incroyable et inaltérable popularité. Mais aussi ses insuccès et l’opposition constante qu’il aura dû affronter toute sa vie politique au sein même de la gauche. Elle lui aura coûté cher. Et puis encore ses regrets et ses justifications a posteriori.

Un beau parcours. Et tout cela, Dieu l’a vu, Dieu l’a su, Dieu l’a mesuré, Dieu en garde le meilleur avec joie et en console le plus amer. De même pour tout ce qu’il a donné et aimé autour de lui.

Mais, au moment où presse et politiques tentent un bilan, élogieux, de cette vie peu commune, peut-on pourtant se souvenir que ce n’est pas cet enviable bilan qui ultimement justifie ni n’entre en compte dans le jugement du Très Haut. Parce que ce jugement du Très Haut ne s’appelle jamais que pardon, et n’a d’autre conclusion qu’une justification, quels que soit le bien ou le moins bien qu’on ait vécu. Devant Dieu, pas d’angoisse de l’élection, ni de sondages ou d’aléas de popularité, ni d’amertume ou d’humiliation de la défaite, ni d’ivresse de la victoire, parce que nous sommes tous élus à ses yeux. Nous sommes, nous les mauvais, mais aussi les exemplaires, rendus justes par sa souveraine décision, parce qu’Il le veut, parce que, tout simplement, Il nous aime tous et nous justifie chacun, quels que soient nos succès, peut-être grands, peut-être moins grands, et quels que soient nos échecs et même nos fautes, et même parfois nos mauvais coups, mais aussi nos exploits.

Car chacun de nous, toi, lui, moi, est déjà élu. Par Dieu.

Jean-paul Morley

29 juin 2016

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 11:36

Étonnant quand même : nous voici avec deux femmes dirigeant les deux plus importants pays d'Europe (population, PNB...), et toutes les deux filles de pasteurs, Merkel et May.

Les tentatives d'explications sont ouvertes...!

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 17:13

Je suis heureux, fier et ému : la Ville a posé une plaque en souvenir de la St Barthélémy sous la statue d'Henri IV, face au square du 'Vert galant', sur le Pont neuf (Ile de la Cité).

En prime, un excellent discours d'Anne Hidalgo...

Fier et ému...
Fier et ému...
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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 16:17

Allez voir Spotligth, le film. Il montre comment, à partir d’un fait divers, des journalistes découvrent en 2002 l’ampleur des viols d’enfants par des prêtres, systématiquement couverts par leur hiérarchie. Cet épisode a révélé le phénomène. Il concernerait environ 6% des prêtres dans le monde ; des centaines de milliers d’enfants traumatisés à vie, jusqu’au suicide.

Comment est-ce possible ? On dénoncera célibat ou chasteté imposés aux religieux. C’est vrai. Mais cela ne suffit pas. On dénoncera l’approche culpabilisante de la sexualité par l’Eglise catholique, c’est vrai. Mais cela ne suffit pas. On dénoncera une institution dont tous les représentants sont toujours en position d’autorité et de surplomb sur les hommes, les femmes. Et les enfants. C’est vrai, mais cela ne suffit pas. On dénoncera une Eglise dont l’institution est exclusivement composée d’hommes, solidaires dans leur vision des femmes et des enfants. C’est vrai. Mais cela ne suffit pas. On dénoncera le secret, l’impunité interne et l’hypocrisie auxquels tout cela conduit. C’est vrai. Mais cela ne suffit pas. Il faudra bien en arriver à dénoncer le système institutionnel et théologique du catholicisme, aux conséquences parfois dramatiques. Car la question n’est pas simplement celle d’une minorité de brebis galeuses – il y en a partout – à côté d’une majorité de prêtres sincères et dévoués. C’est celle du système qui a permis le silence et repose sur les fondements théologiques et ecclésiologiques du catholicisme. Ce ne sont pas des hommes qui sont coupables. Pas seulement. C’est un système. Reconnaissons et admirons le changement d’attitude du précédent pape et surtout de l’actuel, qui ont décidé d’arrêter l’impunité, de parler et d’agir. Mais c’est le système (sexisme, culpabilité du plaisir, surplomb, hiérarchie, secret…) qui a besoin d’être transformé, pas seulement des individus qui doivent être stigmatisés et punis. Beaucoup de fidèles catholiques attendent avec impatience cette transformation. L’agitation autour du Cardinal Barbarin, sur laquelle je ne me prononce pas, en illustre encore la difficulté.

A l’approche de 2017 et du 500e anniversaire des thèses de Luther, on nous dit légitime d’inviter des représentants officiels du catholicisme, sans même suggérer à l’Eglise romaine de lever l’excommunication de Luther. Bien sûr, cette excommunication, 5 siècles plus tard, on s’en moque. Bien sûr, nous sommes frères en Christ, en foi et en prière. Mais la question est de savoir si nous avons le droit, ou même le devoir, de questionner ces frères catholiques. De nous parler avec vérité, au nom de l’Evangile qui nous est commun, et cet Evangile en mains. Et de parler, en tant qu’Eglises sœurs, de ce qui, chez eux, cause encore des souffrances et donc pose question à tous les croyants. Comme nous leur serons reconnaissants de ce qu’ils ont eux-mêmes à nous dire ou nous avertir.

Parce que si nous ne le faisons pas, nous sommes complices. Nous couvrons des frères en foi, au même titre que la hiérarchie qui a couvert ces horreurs. Nous devenons complices de ces prêtres perdus et de ces prélats ‘couvreurs’. Est-ce que l’œcuménisme nécessite la complicité ? Ou doit-il permettre des paroles fraternelles mais vraies ? Parce que c’est bien un système institutionnel et une théologie qui pèchent ?

Personnellement, si je me taisais, je me saurais complice, et je mourrais de honte.

Article publié, un peu abrégé, dans Réforme du 25/2/2016

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 16:25

2017 : avec les catholiques ?

Mea culpa : j’avais peu de confiance en ce nouveau pape, François, réputé conservateur voire réactionnaire ; et encore moins en la capacité de la Curie d’accepter de vraies réformes. Puis, voyant ses initiatives, j’avais considéré le nouveau pape comme très habile dans l’affichage et la communication. Mais je l’attendais sur trois points : accepter l’intercommunion, autoriser mariage des prêtres et femmes prêtres, renoncer à son pouvoir personnel.

Et voici que nous avons un pape magnifique ! Et probablement historique – s’il ne lui arrive rien. Et déjà habile, se s’être d’abord montré populaire en vivant l’Evangile à travers des gestes symboliques, puis en renouvelant – et même nettoyant – son entourage, en particulier financier, pour ensuite s’attaquer à ce qui plombe le catholicisme mondial, et à travers lui l’image de la foi chrétienne. Sur deux fronts : la rigidité morale de l’Eglise officielle, et le conservatisme de la vieille curie. Avec habilité : commencer par consulter le peuple catholique, beaucoup plus ouvert que la hiérarchie, afin de convaincre la Curie, prise entre le peuple et le pape, d’assouplir les règles morales de l’Eglise (récent synode sur la famille). Puis critiquer publiquement cette Curie pour la contraindre à accepter le changement (récents vœux à la Curie). Un stupéfiant courage pour une belle leçon de politique et une vraie leçon d’Evangile !

Oui, je m’étais trompé, mea culpa. Si ce pape François réussit dans son projet, il aura mérité de s’appeler François comme François d’Assise, celui qui voulait reconstruire l’Eglise…

Or une question nous est posée : devons-nous inviter des représentants officiels de l’Eglise catholique aux célébrations des 500 ans de Luther et de ses 95 thèses?

A priori, on le souhaiterait volontiers. Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’EPUdF, le souhaite s’il s’agit de fêter ensemble l’Evangile. Mais il ajoutait prudemment que l’œcuménisme ne doit pas « amoindrir les différences des divers courants chrétiens ». Comment ne pas s’associer à sa prudence ? Les 95 thèses furent une protestation de Luther face à l’Eglise catholique de son temps, à son égarement théologique et à la corruption de son clergé. Protestation qui lui valut d’être excommunié par cette Eglise. Et d’être brûlé ou assassiné s’il n’avait été protégé par le Prince de Saxe. Or, aujourd’hui, si le Vatican a reconnu voici quelques années que Luther avait théologiquement raison, il n’a toujours pas levé l’excommunication de ce moine rebelle. Rappelons que l’excommunication signifierait, si elle en avait le pouvoir, que Luther serait toujours en train de brûler en enfer…

Alors évitons peut-être un piège : célébrer ensemble cet anniversaire ? Avec joie et reconnaissance ! Mais à la condition bien sûr d’un geste significatif du Vatican à l’endroit de Luther et de ses disciples. Ce pape étonnant y est sans doute prêt. Car sinon ce serait accréditer cette idée, souvent défendue par les catholiques, et en prendre acte, que ‘nous sommes maintenant tous pareils’ et ‘qu’il n’existe plus de différences que de forme, non de foi’… Une célébration ‘œcuménique’ de ce 500e anniversaire pourrait alors apparaître comme un jeu de dupes, permettant une récupération catholique de l’événement. Il nierait ainsi la différence entre nos deux confessions. Et donc oublierait nos vraies différences. Car, dans ce que Luther puis Calvin, revivant le combat de Jésus contre les scribes et les pharisiens, dénonçaient, ne reste-t-il rien, hélas, de vivace ? Si le culte à Marie n’est pas très grave, n’avons-nous vraiment rien à dire ou à opposer au refus de communier auquel se heurtent les divorcés catholiques ? Nous venons de voir à quelles difficultés et à quelles résistances se heurte le Pape François pour atténuer cette cruauté… N’avons-nous rien à dire non plus sur le fonctionnement de l’autorité dans l’Eglise catholique, sa censure théologique, ses postures morales (divorce, contraception, avortement…), son refus de la prêtrise féminine, son opacité, sa théologie toujours axée sur l’effort, ou sa revendication d’universalité ? Le pape lui-même vient de montrer à quelles résistances il se heurte, à travers les « quinze maladies spirituelles » reprochées aux prélats de Rome…

Il semble donc, pour que la célébration de ce 500e anniversaire puisse réunir tous les chrétiens sans jeu de dupes, qu’un geste solennel devrait être accompli par le Vatican. Au minimum : que l’excommunication de Martin Luther soit levée, et que l’intercommunion entre Eglises chrétiennes soit enfin acceptée comme évidente et naturelle. Cela semble de simple bon sens. Car hors de telles conditions, comment célébrer ensemble le 500e anniversaire… des virulentes thèses de Luther ? Conditions auxquelles il nous faut en ajouter deux autres, de notre côté : d’abord, pendant ces célébrations, ne pas passer sous silence les désaccords qui persistent encore ; ensuite, prendre nous-mêmes exemple sur le l’étonnant courage de ce pape…

Ce pourrait être une très belle occasion, pour le Vatican, de faire un pas historique vers un véritable œcuménisme. Un pas auquel l’immense majorité du peuple catholique de France est déjà prêt, et que, sans doute, au fond du cœur, une grande partie du clergé a déjà franchi. Le Pape François en est certainement lui-même convaincu. Ne vient-il pas déjà, en demandant aux cardinaux d’«être ‘humains’ » et de soigner leurs ‘maladies spirituelles’, de donner raison à Luther, quand il nous disait tous égaux devant Dieu par le baptême ? Un vrai protestant, ce pape ! Qui a déjà montré son courage et sa détermination.

Un tel geste marquerait son pontificat.

Pouvons-nous espérer ?

(Paru dans Réforme février 2012)

 
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