Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 13:33

Parmi les plus beaux textes de la Bible, certains ne sont pas simplement beaux : mis en relation, ils se découvrent un sens supplémentaire. Ici, trois textes parmi les plus célèbres forment un ensemble et semblent composer un parcours spirituel. On essaie ?

 

Premier texte :

Genèse 12 : 1 à 4

Le Seigneur dit à Abram :

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai. Je ferai naître de toi une grande nation ; je te bénirai et je rendrai ton nom célèbre. Tu seras une bénédiction pour les autres. Je bénirai ceux qui te béniront, mais je maudirai ceux qui te maudiront. A travers toi, se béniront toutes les nations de la terre. »

Abram, qui était âgé de soixante-quinze ans, quitta Haran comme le lui ordonnait le Seigneur.

 

Un appel, une promesse, un départ, et un grand âge, 75 ans.

 

Un appel, ce n'est rien de spectaculaire ou de magique.

C'est quelque chose d'intérieur, qui s'impose, d'un coup, comme une évidence ; ou bien après un long cheminement, une longue approche qui, elle aussi, se termine par une évidence. Un appel, une vocation, une évidence qu'on ne peut pas rejeter, qu'on ne peut pas ne pas suivre.

Mais cet appel n'est pas une malchance, une charge, ni un coup du sort ! C'est une promesse. Et quelle promesse, pour Abraham ! une triple promesse :

  • Un pays, c'est-à-dire un lieu pour être et vivre, un espace pour être quelqu'un, pour exister, pour laisser une trace.
  • Une descendance, c'est-à-dire la promesse d'exister dans la suite de l'histoire humaine, mais aussi une chance de pouvoir aimer, construire, être responsable.
  • Et puis, surtout, la promesse d'être une source de bénédiction autour de soi : le plus beau souhait qu'un être humain puisse concevoir ! Etre source de bénédiction, de bonheur, de liberté et de tendresse, pour les siens et autour de soi… Fabuleux !

 

Mais cet appel et cette promesse ne sont pas sans conséquence : partir, quitter. Rompre avec un passé, avec des contraintes reçues, avec des liens qui immobilisent, avec des habitudes qui stérilisent ou éteignent. Parce que vient pour chacun le temps de bouger, changer, repartir ; avancer quand même, encore, ou autrement

Même à 75 ans ! L'âge de la retraite, du retrait, du repos : l'âge de laisser à de plus jeunes appel, promesse et nouveau départ ? Non : il n'y a pas d'âge. Nous sommes tous appelés, à chaque moment, à chaque âge de notre vie, à repartir.

Oui, tous, car cet appel et sa promesse ne sont pas, ou rarement, un coup de tonnerre ou un éblouissement violent – Paul a certainement exagéré, avec sa chute de cheval… – non, c'est juste la croyance qui progressivement devient foi, c'est la foi qui devient confiance, c'est la confiance qui devient obéissance, c'est l'obéissance qui devient élargissement, épanouissement, c’est l’épanouissement qui devient bonheur, c'est le bonheur qui devient partage, c'est le partage qui devient amour, c'est l'amour qui devient engagement.

Cela se fait en nous, tout seul, vite ou progressivement, mais sûrement, sitôt que nous ouvrons la porte ou la fenêtre à Celui qui y frappe sans se lasser, à l'Esprit qui nous attend et qui déjà travaille en nous, en vous.

L'appel – j’ose : c'est maintenant. Maintenant encore, ou maintenant déjà. C'est la foi et la confiance qui prennent possession de nous, c'est la foi et la confiance qui prennent possession de notre vie. Oui, maintenant. Déjà ou encore, mais maintenant !

Et c'est le premier temps de ce parcours : l'appel, la promesse, le nouveau départ.

 

Deuxième texte :

I Rois 19 : 9 à 13

Arrivé à l'Horeb, Élie entra dans une caverne, où il passa la nuit. Alors le Seigneur lui adressa la parole : « Pourquoi es-tu ici, Élie ? »

Il répondit : « Seigneur, Dieu de l'univers, je t'aime tellement que je ne peux plus supporter la façon d'agir des Israélites. En effet, ils ont rompu ton alliance, ils ont démoli tes autels, ils ont tué tes prophètes ;  je suis resté moi seul et ils cherchent à m'ôter la vie. »

« Sors, lui dit le Seigneur ; tu te tiendras sur la montagne, devant moi ; je vais passer. » Aussitôt un grand vent souffla, avec une violence telle qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur ; mais le Seigneur n'était pas présent dans ce vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; mais le Seigneur n'était pas présent dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; mais le Seigneur n'était pas présent dans le feu. Après le feu, il y eut le bruit d'un léger souffle.

Dès qu'Élie l'entendit, il se couvrit le visage avec son manteau, il sortit de la caverne et se tint devant l'entrée.

 

Pour Elie non plus, rien de spectaculaire, au contraire.

Dieu n'est ni dans l'ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Il pourrait l'être, puisque chacun des trois le précède et l'escorte. Mais Il n'est pas dans la violence, ni la contrainte. Il a même commencé par prévenir Elie de son passage, fracassant, tonitruant, puis si discret.

Or Elie est découragé. Depuis longtemps il a répondu à l'appel, avec confiance et courage ; il a combattu les prêtres et les idoles sanguinaires ; seul il a résisté. Mais là, il a dû fuir les menaces de mort de la reine et il est fatigué, et seul, dans le désert, et – enfin – il n'est plus si sûr de lui. Il ne prie même plus. Mais c'est Dieu qui vient à lui. Et qui lui parle en premier, en l'appelant par son nom : « Où en es-tu, Elie ? Que fais-tu ici ? ». Dieu va-t-Il l'aider par sa puissance, faire disparaître ses adversaires comme Elie a égorgé les 400 prêtres de Baal ? Non : Dieu va au contraire lui montrer qu'Il n'est pas dans la puissance, ni dans la violence. Il en serait capable, Il vient de le montrer. Mais ce n'est pas Lui. Lui, c'est dans le  silence qu'Il est présent, le silence d'un souffle léger, le silence d'un murmure ténu, à ses oreilles – même pas : à son cœur.

Parce que c'est ainsi que Dieu parle à chacun et chacune de nous : pas dans le prodigieux, mais dans la douceur, le silence, le murmure ténu au creux du cœur.

Et nous avons besoin de ce silence. On devrait davantage s'en offrir…

 

Et cela, ce dialogue dans le silence de Dieu, ce n'est rien d'autre que la vie de celui ou celle qui a répondu à l'appel, à la promesse, au redépart. Elie ne s'y est pas trompé, qui n'a pas bronché au passage des fracas de la puissance, mais qui en revanche s'est caché le visage lors du silence ténu. Parce que c'est là que Dieu était, pour lui parler. Comme nous, dans la prière, chez nous, quand nous cachons notre visage entre nos mains pour mieux L'écouter, mieux écouter ce murmure aux oreilles du cœur. C'est cela, la constante de la vie de celui ou celle qui a répondu à l'appel, c'est sa nourriture, son pain, sa force, son lien : l'écoute, le silence, la disponibilité. Entre les mots, au-delà des mots : la discrétion, l'intimité imperceptible avec le Très Haut.

Bien sûr il y a des mots, comme chez Elie. Des mots, comme Elie, pour se plaindre et pleurer. Mais mieux encore :

le silence et l'apaisement du merci,

la certitude du pardon, à la seconde même où on le quête,

l'offrande et la ré-offrande de soi-même au service du Dieu d'amour,

et enfin le silence, dans lequel s'entend le chemin, le juste, l'opportun.

C'est à cela que nous sommes invités, pour toute notre vie, à chaque instant de notre vie. C'est cela qui, jour après jour, nous trace un chemin et nous emmène plus loin.

Et Elie repartira, réconforté, consolé, confiant.

 

C'est le deuxième temps de ce parcours spirituel : le dialogue intime, personnel, intérieur, dans le silence partagé avec Dieu, ce silence avec Lui dont nous avons tant besoin.

 

Troisième texte :

Marc 1 : 16 à 20

Jésus marchait le long du lac de Galilée lorsqu'il vit deux pêcheurs, Simon et son frère André, qui pêchaient en jetant un filet dans le lac. Jésus leur dit : « Venez avec moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent.

Jésus s'avança un peu plus loin et vit Jacques et son frère Jean, les fils de Zébédée. Ils étaient dans leur barque et réparaient leurs filets. Aussitôt Jésus les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, et allèrent avec Jésus.

 

Un autre appel. Tournons-nous en rond ? Nullement : nous sommes dans un nouveau décor, le Nouveau Testament, la venue du Christ : il s'agit d'un nouvel appel, pour une nouvelle étape.

Il ne s'agit plus d'un appel à la foi, d'une promesse personnelle et d'une simple et belle intimité avec le Créateur, mais d'un appel à l'engagement. Jésus ne propose pas seulement à Simon, André, Jacques et Jean de croire et de faire confiance, Il leur enjoint de tout quitter pour se mettre au service.

Tout quitter, comme Abraham alors ? Plus que cela : la promesse n'est plus celle d'un pays, une descendance et une bénédiction, c'est-à-dire une promesse pour soi et pour les siens, mais la promesse du Règne de Dieu. L'appel à participer à la venue… du Règne de Dieu ! Le règne d'un Dieu qui veut pour ses enfants la liberté, la paix, la fraternité, le droit, le respect, l'intelligence partagée, les bien partagés – toutes ces formes et ces forces de l'amour. Etre une bénédiction qui ne s'arrête plus au cercle autour de nous, mais à l'humanité entière !

 

Et c'est vrai.

En nous invitant à devenir pêcheurs d'hommes – et de femmes, car le texte exact dit « pêcheurs d'humains » (ανϑροπων) – en nous invitant à devenir ‘pêcheurs d'hommes’ Dieu nous invite et nous requiert pour être missionnaires, pour porter l'Evangile autour de nous et jusqu'au bout de la terre, afin d’être ferments d’un règne de Dieu et de son amour.

Et oui : nous ne sommes pas invités seulement à croire et à vivre cette intimité silencieuse avec le Très Haut, car cette intimité nous conduira irrésistiblement à nous engager pour le règne du Très Haut, du Vivant, pour que règne l'amour de tous à tous.

C'est, en principe, le projet de vie de toute Eglise : offrir l'Evangile à ceux et celles qui tâtonnent leur vie sans la paix, la force, la lumière et la fraternité que nous apporte l'Evangile qui nous porte.

C'est la troisième et ultime étape de ce parcours spirituel : l'engagement concret.             

 

Que dire encore ? L'essentiel.

Lorsque cela ne va plus, qu'on n'en peut plus de difficultés, de déceptions, d'épuisement, de déchirures, de colère, d'abandon ; tellement qu'on en néglige la prière, le silence, l'écoute, qu'on laisse s'éloigner l'intimité avec le Père, qu'on n'a plus le courage ni l'envie de ces moments mis à part pour le silence du murmure intérieur de Dieu, c'est alors, justement alors, qu'il faut absolument s'y contraindre et s'y agripper.

Pour redécouvrir que nous sommes appelés,

redécouvrir que nous sommes l'objet d'une promesse,

redécouvrir que nous sommes invités à repartir ;

redécouvrir que Dieu nous parle même quand nous ne l'entendons plus, même dans le silence, surtout dans le silence.

Et qu'il nous faut persévérer absolument dans ces temps à part, dans ce silence de l'écoute et de la remise de toutes choses entre ses mains. Y compris nos doutes, nos découragements, nos détresses, et nos renoncements. Comme Elie.

Redécouvrir qu'il est vital de persévérer.

Et se souvenir que c'est bien en nous ré-engageant au service de Dieu, du Christ et de l'Evangile que nous retrouverons sens et joie à notre vie ;

que c'est en aimant que nous serons aimés,

que c'est en donnant que nous recevrons la guérison, l'amour en nous, et la douceur en Dieu ;

et qu'œuvrer au salut des autres, c'est redécouvrir le nôtre.

 

Parce que Dieu nous aime. Oui, Il t'aime, toujours.

 

Jean-paul Morley

 Cultes du 19 mars 2017

 

Repost 0
11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 17:31

« Bon Maître », dit le jeune-homme riche à Jésus.

 

Un peu cinglant, Jésus lui répond : « Pourquoi m'appelles-tu ‘bon’ ? Personne n'est bon ; si ce n'est Dieu seul ». En une brève répartie, Jésus rappelle paisiblement qu'il n'est pas Dieu. Ce pauvre jeune-homme riche ne le pensait d'ailleurs sans doute pas non plus, mais en tout cas Jésus tenait à éviter la confusion.

En fait, c'est pratiquement à chaque page des 4 Evangiles que Jésus montre qu'il n'est pas Dieu. Il précise qu'il ne sait pas ce que Dieu sait, il ignore ce que Dieu décidera, il lui demande conseil, il lui obéit, se soumet à sa volonté, il le prie régulièrement, le supplie de lui épargner le supplice qui s'annonce… Et se plaindra sur la croix d'en être abandonné. Enfin, après la croix et sa mort, il ne ressuscite pas. C'est écrit : c'est Dieu qui le ressuscite, le réveille, le relève. C'était un mortel, pas un Dieu.

Bien sûr, l'Eglise, très tôt, afin de magnifier son héros, a rapidement entouré de merveilleux sa naissance, son baptême, sa transfiguration, sa mort, sa résurrection, son ascension. Dans un mouvement qui ne pouvait que culminer dans l'affirmation que Jésus, le Fils de Dieu, était finalement Dieu Lui-même, totalement. A la fois pleinement homme et pleinement Dieu, ce qui, pour deux réalités incompatibles – que vingt siècles d'enseignement de l’Église me pardonnent ! – n'a rigoureusement aucun sens. Il suffit d'écouter le mot ‘pleinement’ pour s'en convaincre.

Bien sûr, l’Église s'est appuyée sur quelques rares textes du Nouveau Testament. Rares parce que nulle part la Bible ni le Nouveau Testament n'affirment que Jésus soit Dieu...

Mais il y a le fameux hymne de Philippiens 2 et le Prologue de Jeanet deux exclamations : 

de Jésus, « Qui m'a vu a vu le Père »

et de Thomas ; « Mon Seigneur, et mon Dieu ! ».

 

Alors nous allons relire et questionner ces textes. Puis nous essaierons de comprendre qui est Jésus de Nazareth, et ce qui l'a fait être ce qu'il est : le Christ.

Commençons par le gros calibre, l'hymne liturgique dans la lettre de Paul aux Philippiens. Cet hymne est l'un des plus anciens textes du Nouveau Testament et de l 'Eglise ; et largement utilisé pour soutenir que Jésus est Dieu.

 

Philippiens 2 : 5-11  (Traduction au plus près du texte grec)

      5       Pensez en vous-même ce qui était aussi en Christ Jésus :

6       Lequel, se trouvant en forme (morphè) de Dieu,

n’a pas considéré comme un butin d’être égal/semblable à Dieu,

7        mais il s’est vidé lui-même, prenant une forme (morphè) de serviteur,
devenant semblable aux hommes,

et reconnu par son aspect comme être humain,

8        il s’est abaissé lui-même,
devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort de la croix.

9        C’est pourquoi aussi Dieu l’a surélevé

et lui a donné par grâce (charis) le nom qui est au-dessus de tout nom,

10    afin qu’au nom de Jésus fléchisse tout genou,

dans les cieux, sur la terre et sous la terre/enfer,

11     et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est Christ, pour la gloire de Dieu Père.

 

  • Le premier problème de ce texte, c'est le mot « forme », morphè. Diversement traduit dans nos Bibles, mais rarement par « forme », il se trouve deux fois ici : d'abord « forme de Dieu », puis « forme de serviteur », pour la même personne, mais avec une descente, un ‘vidage’ entre les deux… une transformation. Forme de Dieu, forme d'être humain ? Jésus n'est donc ni l'un, ni l'autre… Car si ceci est une forme de chaise, ce n'est donc pas une chaise. Et je déconseillerais d'ailleurs vivement de s'y asseoir ! Ce qui a la forme de quelque chose n'est donc pas cette chose.
  • De plus, si, pour Jésus, ce pouvait être un but à atteindre (à dérober même, selon le texte) d’« être l'égal de Dieu, c'est donc qu'il ne l'était pas. Inversement, s'il a eu l'apparence d'un être humain, c'est qu'il n'en était pas tout à fait un non plus…
  • Et si, enfin, Jésus est Christ, c'est-à-dire Messie, c'est-à-dire choisi et envoyé par Dieu, et s'il l'est pour la gloire de Dieu, c'est donc qu'il n'est pas lui-même Dieu…
  •  

Alors, comment s'en sortir ? Comment s'en sortir, si, d'après cette première confession de foi liturgique de la première Eglise, Jésus n’est ni tout à fait Dieu, ni tout à fait homme ? Une des merveilles de la Bible, c'est qu'elle répond souvent aux questions qu'elle pose… Voyons si, dans ce cas-ci, ce ne serait pas justement avec le Prologue de Jean. Ce Prologue qui est, lui aussi, un des plus vieux textes, lui aussi liturgique, de la jeune Eglise et du Nouveau Testament, et lui aussi revendiqué par les défenseurs de la divinité de Jésus.

 

Jean 1 : 1-5, 10, 11  (Traduction possible très proche du texte grec) 

1   Au commencement était la Parole (ou : le Verbe),
et la Parole venait de Dieu (ou :était auprès de Dieu), et la Parole était Dieu.

2   Celle-ci était au commencement venue de Dieu (ou : auprès de Dieu).

3   Tout par elle est advenu,
et sans elle n’est advenu rien de ce qui est advenu.

4   En elle était la vie
et la vie était la lumière des humains,

5   et la lumière brille dans l’obscurité,
mais l’obscurité ne l’a pas saisie.

      […]

10 Elle était dans le monde (cosmos),
et le monde par elle est advenu,
et le monde ne l’a pas connue.

      […]

14 Et la parole est devenue chair
et elle a habité  (dressé sa tente) parmi nous
et nous avons vu sa gloire,
gloire comme d’un fils unique auprès de Dieu, pleine de grâce et de vérité.

 

Il semble que nous ayons la réponse : Présence, dès le commencement, divine, auprès de Dieu, en Dieu, par laquelle tout a été créé, et qui est venue dans le monde et s'est faite chair. Ce ne peut évidemment être un être humain… Mais précisément : dans ce Prologue, il ne s'agit pas de Jésus de Nazareth, ni même de Jésus-Christ ; il s'agit de la Parole de Dieu, du Verbe, le Logos. Qui représente tout simplement l'action de Dieu, en quelque sorte sa vie active, celle qui crée et anime. Et elle est venue dans un être de chair : Jésus, Jésus de Nazareth, ainsi devenu Christ. Que Jean ne prétend jamais être Dieu.

Cela résout l'énigme ! La solution est simple : elle est ce que dit le Prologue de Jean. Le Verbe de Dieu, sa Parole, à la fois éternelle et vivante, et donc mobile, dynamique, est venue s'incarner dans un individu, un jour, il y a 2000 ans ; elle l'a habité et y a été active pendant trois ans, et après la mort terrible de cet individu, elle s'est révélée et répandue dans le monde à travers les disciples de cet homme qu'on appellera bientôt Christ, et ses disciples les ‘chrétiens’. Ceux-là même qui pourront dire « Mon, Seigneur, et mon Dieu ! » en découvrant la présence vivante, parmi eux, de cette lumière. Ceux qui pourront se dire, aujourd'hui encore, en découvrant cette présence vivante dans tel ou telle témoin, qu'en les voyant, c'est le Père qu'ils ont vu ou entendu.

 

Mais une seconde question, moins souvent abordée, s'impose alors : si Jésus n'était qu'un homme, parfaitement humain, fils d'une femme et probablement de Joseph, mais qui a été totalement habité, envahi par Dieu, son Verbe, sa Parole, son Esprit, d'une façon unique dans l'histoire humaine – comment cela a-t-il été possible ? Comment ce Jésus de Nazareth a-t-il pu devenir Le Christ ? Car Jésus ne s'appelait pas ‘Jésus-Christ’, mais Jésus ben Youssef, qui a vécu dans un pays déterminé à une époque donnée. Pas différent de nous par nature. Mais il a été le lieu d'une rencontre extraordinaire, absolument exceptionnelle dans l'histoire. Pas seulement la rencontre de lui-même et de Dieu, mais une triple rencontre : celle d'une vocation, que Dieu lui a adressée ; d'une volonté, la sienne ; et d'une situation historique, qui a permis que cette triple rencontre devienne l'événement à ce jour le plus important de l'histoire de l'humanité.

  • Une vocation : celle que Dieu lui adresse parce qu'Il voit que cet homme-là, corps, intelligence, cœur, volonté, éducation, histoire familiale, caractère, foi – son profil si on veut – peut permettre un événement exceptionnel dans la situation historique de ce lieu et de ce temps, et de là dans l'Histoire.
  • Une volonté : celle de cet homme d'écouter, de mettre en pratique et de se mettre intégralement au service d'une autre volonté, beaucoup plus vaste, celle de Dieu, et de s'y donner entièrement, dans sa situation personnelle de croyant, orphelin de père, veuf peut-être, artisan charpentier dans une bourgade modeste et excentrée…
  • Et une situation historique : qui, comme tout dans l'univers, est la résultante de nombreux facteurs : l'état du peuple juif alors, son héritage spirituel, son histoire récente, la domination romaine, l'épuisement de sa religion rituelle et sacrificielle, l'état de bouillonnement et de richesse de la culture en Méditerranée, entre Grèce, Rome, Perse et Palestine, où les religions traditionnelles ou civiles, de mystères et de sacrifices, s'épuisent.

Bref, l'état social, moral, économique, politique, culturel d'Israël et du monde méditerranéen d'alors…

 

De cette triple conjoncture : son appel, cet homme, une opportunité historique, Dieu se sera saisi et en aura, en quelque sorte, profité. Et cette triple rencontre aura permis – phénomène peut-être unique – une coïncidence parfaite entre l'appel que Dieu adresse à cet homme, et la réponse de cet homme. Comme si, pour une fois, il  n'y avait plus eu aucun décalage entre la volonté, le discours, les actes de cet homme, et ce que Dieu espérait de lui, voulait transmettre et réaliser par lui. Une parfaite osmose. Dieu, appelant un homme, prêt à l'accueillir entièrement. Non pas le compagnonnage de Dieu et d'un homme, mais l'union totale de l'Esprit de Dieu et de l'esprit de cet homme. C'est en cela qu'on peut l'appeler Christ, ou Fils de Dieu ; c'est en cela qu'on peut parler d'incarnation. La Parole de Dieu venue habiter un être humain.

 

Qu'est-ce que cela change pour nous, qui ne serons jamais Dieu, ni guère ‘Fils, Fille de Dieu’ ? Tout. Parce qu'une telle coïncidence entre la volonté de Dieu et la nôtre, cela nous arrive à nous aussi, tous. Quand nous disons une parole juste, qui libère, quand nous faisons un geste juste, qui libère, nous avons quelque chose de ‘christique’, de l'événement ‘Christ’. Et il nous arrive à tous d’avoir une parole ou un geste vraiment justes, qui libèrent. Chez nous, l'événement ne dure qu'un instant, juste un moment de grâce, parfois un peu plus ; parfois une vie est éclairée de ces instants de grâce. Alors que pour Jésus, cela a été pendant ces trois ans un état permanent, apparemment sans aucune divergence, aucun décalage ni interruption entre l'attente de Dieu et la réponse de Jésus, leurs deux volontés confondues.

 

Mais nous aussi : notre vocation, notre appel personnel, c'est de nous offrir aussi dans la prière, corps, intelligence, temps, énergie, volonté, esprit, offerts à la volonté de Dieu, pour que les deux convergent, se confondent, et que nous devenions nous aussi de petites ou grandes lueurs christiques, pour que son règne vienne.

Oui, que Dieu nous donne de l'accueillir en nous-même,

pour que sa volonté soit faite, sur la terre comme au Ciel,

que son Règne vienne,

et qu'Il nous délivre du mal de ce pauvre monde.

 

(NB : Allez voir La fille de Brest, le film sur Irène Frachon dénonçant le scandale du Mediator, c'est un exemple de très beau témoin...).

Repost 0
30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 19:22

Pierre vient de reconnaître en Jésus le Messie.

Jésus vient de lui répondre que le Fils de l'Homme – le Messie – devra souffrir, et mourir, et revivre. Pierre ne comprend pas.

Et Jésus vient d'ajouter que le disciple aussi doit mourir pour vivre :

« Quiconque veut sauver sa vie la perdra,

  mais quiconque la donnera à cause de moi, la trouvera ».

           

Jésus vient donc de révéler que notre propre salut, notre avenir, notre accomplissement passe, comme celui du Christ, par une mort à nous-même et par une nouvelle naissance.

Et aussitôt après, c'est l'épisode qu'on appelle la Transfiguration.

           

Mais que vient soudain faire cette intrusion de merveilleux, auquel nous avons sans doute un peu de mal à croire, en plein milieu de l'Evangile de Marc ? Alors qu'il ne dit rien, par exemple, de la naissance merveilleuse de Jésus ?

Tout simplement présenter une nouvelle naissance de Jésus en tant que Christ, que Messie, qu'envoyé de Dieu. La première fois, c'était au début de l'Evangile. Pas à la naissance humaine de Jésus, que Marc n'évoque même pas, mais au baptême de Jésus adulte. Déjà alors une voix venue du Ciel avait proclamé : « Tu es mon fils bien-aimé, en toi je me réjouis », tandis que l'Esprit Saint, comme une colombe, descendait vers Lui.

Cette voix, adressée à Jésus lui-même, lui annonçait son adoption par Dieu et sa vocation à venir. C'était son appel personnel.

Trois ans plus tard, à la Transfiguration, il s’agit bien d’une seconde naissance en tant que Christ, mais en tant que Christ devant mourir.

           

Pourquoi cette répétition ? Parce que cette fois la voix venue du Ciel ne s'adresse pas à Jésus lui-même, mais à ses disciples. Par cette seconde intervention, elle proclame à nouveau : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », mais en s'adressant à ses compagnons : « Celui-ci est mon Fils : écoutez-le ! ».
Parce que maintenant l'appel, la vocation, ne vise plus Jésus mais ses compagnons ; elle interpelle leur foi : ‘Celui-ci est la lumière’, et elle les recrute : ‘Vous serez, vous êtes déjà, ses témoins !’

En s'illuminant ainsi à leurs yeux, Jésus (ou Dieu qui le suscite) manifeste que Jésus n'est pas simplement un illuminé, mais qu'il est lui-même la lumière, toute lumière, lumière pour eux, lumière pour Israël, lumière pour l'humanité. Une pure lumière, rayonnante et qui s'apprête à rayonner sur le monde entier.

Lumière de vérité. De justice. De fraternité. De don. Cautionnée et gagée par les deux plus grandes figures de la tradition juive : Moïse et Elie. Moïse le législateur suprême ; Elie le prototype du prophète. La Loi et la Parole… Et leur présence ensemble autour de Jésus, succédant au Saint-Esprit présent lors de son baptême, montre qu'elles se réunissent en un seul, en Jésus : à la fois la direction, le guide de notre vie et de notre justice, la Loi ; et l'appel, l'invitation personnelle de Dieu, qui frappe inlassablement à la porte de chacun de nos cœurs, la Parole.

Alors pourquoi cette vision, cette transfiguration devant Pierre, Jean et Jacques ? Pour leur dire, à eux, à nous, que cette lumière que Jésus porte, eux aussi la porteront. Mais que, comme Jésus devra passer par une mort et une nouvelle naissance, eux aussi devront passer par un renoncement et un don de soi, une nouvelle naissance.

Mais ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas que ce n’est qu’une vision. Surtout, ils ne peuvent concevoir que Jésus doive mourir, et encore moins ressusciter.

 

Et nous, sommes-nous toujours capables d'admettre qu'il nous faut mourir à nous-même pour renaître à la vie, renaître autrement ? Renaître au service de la lumière ?

Pourtant il s'agit bien de cela : cette transfiguration de Jésus, cette nouvelle naissance de Jésus en tant que Messie, nous appelle nous-même à une transfiguration, à une nouvelle naissance, sitôt que nous comprenons que Jésus est, non pas lumineux et habillé d'un blanc qu'aucune lessive ne saurait apporter, mais qu'il est lui-même la lumière. Alors, nous aussi, nous sommes appelés à la recevoir et à devenir lumière autour de nous, à naître à nouveau pour devenir cette lumière. A répondre à l'appel que Dieu nous adresse personnellement, comme Jésus a répondu à son appel lors de son baptême. Un appel qui nous invite, nous aussi, à renoncer à nous-même pour renouer avec nous-même et nous offrir à une vie plus large, une vie partagée avec l'humanité entière, ses drames, ses joies, et ses espoirs, ses combats aussi, une vie qui aime la vie de l'humanité et se met au service de tous ses membres.

           

On dit de certaines personnes qu'elles sont rayonnantes. Il y en a plusieurs, ici. C'est qu'elles sont transfigurées. Et c'est un fruit de la foi, qu’on observe souvent sur le visage de personnes qui viennent à la foi et se mettent à donner, à aimer.

Une nouvelle naissance, pour une vie nouvelle, qui, pour chacune et chacun sera différente, personnelle, et en même temps partagée dans une communauté. Une vie que Dieu Lui-même nous murmure au creux du cœur, chaque fois que nous nous mettons à genoux.

Quelle sera-t-elle ?

Nous le savons : réorientée de soi vers autrui, nourrie et heureuse du souci et de l'amour du prochain, du lointain, de l'humanité ; du petit et du différent. Nourrie aussi de la Parole, celle qui jaillit de la Bible quand elle aussi devient lumière.

           

C’est aussi ce que dit le Talmud, l’extraordinaire héritage du judaïsme, et son vertigineux système de réflexion. Le Talmud, c'est plus qu'un livre, c'est cette véritable bibliothèque qui recueille les interprétations des plus grands savants juifs pendant des siècles. Des Juifs pour lesquels l’interprétation de la Bible n'est jamais close, mais toujours vivante et infinie. Une pensée tellement travaillée à travers les siècles qu'elle précède souvent la nôtre et peut nous aider à voir clair.

Que dit par exemple le Talmud de la Transfiguration ? Rien, bien sûr. Si ce n'est que, quand Moïse redescend du Sinaï, son visage lui aussi rayonne de lumière, rayonne de la gloire de Dieu, qui rejaillit sur la Loi que Moïse transmet au peuple. Et ses proches en sont effrayés. De son côté, Elie est le seul prophète à avoir été enlevé au Ciel dans un feu de lumière, sans avoir à mourir et sous les yeux effarés de son disciple Elisée.

Cela ressemble, non ?

Et à propos de la Bible, que dit le Talmud ? Là, j'ai retenu quatre étincelles.

  • D'abord une image rafraîchissante : et si la Bible était tout simplement le fameux arbre au milieu du jardin d'Eden ? Le double arbre : celui de la Vie et celui de la Connaissance du bien et du mal, ces deux arbres interdits dont on se demande encore quel était le goût de leurs fruits… Peut-être celui -là : le goût de la Bible, le goût de la Parole de Dieu quand on la reçoit dans ce Livre. La Bible, arbre de vieet de connaissance du bien et du mal…Joli, non ?
  • Deuxième étincelle : les sages du Talmud se disputent âprement pour savoir si l'étude de la Bible conduit à la spiritualité, ou bien si cette étude est déjà en elle-même la spiritualité… Mais ne savons-nous pas déjà, nous, ici, que la Bible peut être questionnée, interprétée, commentée, comprise, pour nous conduire à la foi et à la prière ; mais qu'à d'autres moments sa seule lecture est déjà foi, est déjà prière, déjà un dialogue entre Dieu et nous…
  • Troisième étincelle : le Talmud suggère, avec Moché Cordovero, que « Chaque Juif contient une étincelle de tous les autres Juifs, et que, quand l'un d'eux étudie la Sainte Torah, il élève tous les autres N'en est-il pas de même pour nous ? Que chaque chrétien contient une étincelle de tous les autres, et que, quand l'un ou l'une d'entre eux étudie la Sainte Bible, il ou elle élève tous les autres…
  • Enfin, quatrième étincelle : le Talmud, d'un clin d'œil nous prévient : « Si tu t'éloignes de la Bible un jour, elle s'éloignera de toi deux jours… ». Il en est de même pour nous, pour toi, pour moi, n'est-ce-pas ?

           

Voilà : c'est aussi celle-là, la lumière qui émane de Jésus, et qui est capable de nous transfigurer à notre tour.

Chacune, chacun de nous est adopté par Dieu Lui-même comme son enfant, en chacune et chacun de nous Dieu le Créateur se réjouit, et Il l'appelle. Pour cette vie plus vaste, plus heureuse, plus lumineuse et partagée avec d'autres, qu’Il peut t'offrir, à toi, à nous tous, pour que tu étincelles.

 

Il l'a promis ; non pas à travers mes pauvres mots, mais par la lumière de la Bible.

 

 

 Jean-paul Morley

Cultes du 20 novembre 2016,

Avec confirmation d’adulte.

 

Lectures :       Marc 9 : v. 2 à 9

Siracide 4 : v.11 à 16

Cité dans Talmud, enquête dans un monde très secret, Pierre-Henri SALFATY, Albin Michel 2015, p 122

Idem, p 142

Repost 0
30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 17:09

Les mots que je vais dire aujourd'hui sont ceux de ma dernière prédication en tant que pasteur de l'Eglise Protestante Unie de France ; dans quatre jour je suis pasteur retraité.

Alors, tant qu'à faire une prédication-testament, autant proposer un vrai testament théologique, et dire tout simplement ce que je crois, ou plutôt comment, moi, je crois.

Ce sera donc totalement personnel et n'engagera que moi, en aucun cas notre Eglise. Et bien souvent cela commencera par « Je ne crois pas que... mais que... ».

Cela risque de choquer. Mais ne vous fâchez pas : je n'ai pas la prétention de dire ce qui est vrai, ce qu'il faut croire ou prêcher, mais seulement ma foi personnelle, sans volonté de provoquer ni d'imposer, mais simplement de la dire, et en quelque sorte de demander l'autorisation d'être chrétien, même si on ne croit pas entièrement à tous les dogmes enseignés par la grande Eglise à travers les siècles. Ou si on y croit autrement. Et qu'on choisit plutôt de croire à ce qu'on trouve vraiment dans la Bible.

Alors promis ? Vous ne me livrerez pas au bûcher ou à la lapidation, comme Etienne, sitôt l'Amen prononcé ?

Je ne crois pas que la Bible soit la Parole de Dieu, comme si la Parole de Dieu pouvait être réduite à un livre écrit et imprimé une fois pour toutes dans des langues humaines ! Mais je crois que la Parole de Dieu s'y trouve et s'y entend, pour quiconque l'écoute, l'interprète, et lui fait confiance. Elle n'est pas la Vérité, mais une vérité essentielle s'y rencontre pour qui l'écoute. La Bible est le récit d'une histoire authentique transformée en prodigieuse parabole.

Et cette parabole est composite, conflictuelle, où des diamants venus du Ciel côtoient des errements et des contre-modèles. Des diamants comme le double commandement d'amour : aimer Dieu de tout son cœur, toutes ses pensées et toute sa force, et son prochain parce qu'il est nous-mêmes. Ou bien comme la clef de la vie : sauver sa vie en la donnant.

Entre ces diamants et ces nombreuses paroles trop humaines, violentes, fermées ou moralistes, chacun de nous est invité à trouver, dans la prière, son curseur personnel.

Je ne crois pas que Dieu soit tout-puissant, comme s'Il était capable, par exemple, de faire disparaître de l'histoire Jésus-Christ et sa croix, ou de se renier Lui-même. Mais je crois, selon les Ecritures – c'est-à-dire en me fondant sur la Bible – qu'Il est puissant Créateur, et puissant Amour. Je crois qu'Il est cette force qui a créé l'univers, et qu'Il est cet amour qui nous a voulus libres, non pour nous juger, mais pour que l'amour puisse vivre, avec Lui et entre humains. Et je ne crois pas non plus que Dieu soit immuable ni impassible, mais, selon les Ecritures, qu'Il est vivant, et qu'Il souffre et aime en nous et avec nous. Et qu'Il change avec nous, en se grandissant sans cesse de chacune de nos vies.

Je ne crois pas que Jésus soit Dieu, mais je crois, selon les Ecritures, que Dieu s'est incarné dans cet homme, né d'une femme et sans doute d'un homme, quel que soit ce dernier. Je crois que la Parole de Dieu, ce Verbe éternel et consubstantiel à Dieu dont parle Jean, est entré et a habité en permanence – comme il le fait par instant en nous – en Jésus de Nazareth, ce Messie qui n'a cessé de prier, d'obéir, de supplier, de se référer à, de supplier et de remercier Celui qui seul est Dieu, et que Jésus appelait son Père. Et c'est ce Dieu qui l'a ressuscité.

Pas Jésus Dieu, mais Dieu en Jésus.

Je ne crois pas que Dieu ait besoin que je souffre ou que je paye pour qu’Il me pardonne, ni qu'Il ait besoin de sang, celui de la croix, pour laver mes péchés. Cela signifierait que ce Dieu d'amour est moins indulgent ou généreux que ne l'étaient mon père et ma mère, ou les vôtres. Mais je crois, selon les Ecritures, que la terrible Croix du Christ nous montre jusqu'où va l'amour de Dieu, combien Il tient à moi, à vous, et jusqu'où aussi va l'amour qu'Il nous invite, nous aussi, à vivre. Et en détournant ainsi sur le Christ tout le mal et la haine du monde, Dieu nous a dit son pardon, dit qu'Il souffre avec nous, et promis la victoire finale de l'amour sur le mal et la mort.

Je ne crois pas que Jésus ait été ressuscité physiquement, corporellement. Mais je crois, selon les Ecritures, que le tombeau était vide et vaincu, et que Jésus était et est à nouveau vivant, à l'intérieur de chaque apôtre puis de chaque croyant, et de l’Église quand elle est croyante. Je crois que Jésus ressuscite chaque fois que nous, nous ressuscitons à travers lui, personnellement ou collectivement. Et chaque fois que nous partageons le pain et le vin en mémoire de Lui.

Je crois qu'il est vivant dans chacun de ceux et celles qui lui donnent leur confiance, et donc qu'Il est vivant grâce à eux, et à la Bible.

Je ne crois pas que nous-même ressuscitions corporellement, bien sûr. Mais je crois, selon les Ecritures et avec Paul, que nous ressusciterons tous, incorruptibles et tous pardonnés, et que l'enfer continuera très longtemps de rester vide. Comment penser que Dieu ne recueille pas le meilleur de chacune de nos vies et de nos personnalités, ce que nous avons eu d'unique, ce que nous avons aimé, voulu, essayé, réussi, espéré, donné, vécu et reçu de beau, tandis que tout le négatif de notre vie sera recouvert par un pardon infini et sera jeté aux oubliettes de la Création ? Le meilleur de nous-même, avec notre personnalité et nos affections, continuera de vivre en Lui, et nous participerons, avec Lui, à inviter et conduire l'humanité vers sa Cité. Je le crois.

Je ne crois pas que le Saint-Esprit soit une entité divine en elle-même, mais je crois, selon les Ecritures, que l'Esprit de Dieu est actif sur la terre entière, et sans doute ailleurs, et que c'est par Lui, et par Lui seul, que Dieu agit. C'est par Lui, par son Esprit et l'Esprit seul, que Dieu séduit, murmure, incite, éclaire, guide, console, convainc, rassure, encourage… Mais, comme devant Elie, Il ne force jamais, n'agit jamais par force ni contrainte. Et quand Il intervient ou guérit, c'est par l'Esprit seul, non par magie. Dieu est Esprit.

Je ne crois donc pas à la Trinité comme description de Dieu, comme nature ou essence de Dieu ; ni non plus comme un terme – d'ailleurs absent de la Bible – qui serait indispensable dans toute Déclaration de Foi. Mais je crois, selon les Ecritures, que la notion de Trinité est un concept formidable, une trouvaille de nos Pères de l’Église, parce qu'elle nous dit que Dieu est vivant, circulant en Lui-même, relationnel à l'intérieur de Lui-même et avec sa Création, et, par conséquent, qu'il est vraiment amour…

Je ne crois donc pas non plus que l'amour de Dieu s'arrête aux frontières invisibles de l’Église, et que le Christianisme soit le seul accès à Dieu et à son salut, ni que Jésus-Christ soit le seul sauveur et médiateur. Mais je crois, selon une Ecriture, que le Verbe a d'autres brebis dans d'autres bergeries, dans d'autres peuples, dans d'autres cultures, dans d'autres religions, dans d'autres familles spirituelles, et qu'Il sait parler toutes les langues créées après Babel… Et je crois sereinement, avec tranquillité, qu'Il a d'autres bergeries, dans d'autres planètes où la vie est probable, et qu'Il ne se prive pas, là-bas aussi, de les aimer et de leur parler.

Ainsi, je ne crois pas non plus à l'œcuménisme qui vise à l'unité formelle des Chrétiens, à une Eglise unique que Dieu n'appelle peut-être pas tant que cela. Mais je crois à la diversité des humains et des Eglises, voulues et données par Dieu. Et je crois avec ferveur au respect, au dialogue, à l'action commune et fraternelle entre Eglises et entre religions ; mais aussi à une parole franche entre elles.

Je ne crois pas, hélas pour nous, que Dieu sauvera notre planète et l'humanité malgré nous, de tous les maux que nous leur infligeons et qui les menacent aujourd'hui. Je crois que l'espèce humaine peut disparaître, capable de se suicider collectivement, et que cela ne dépend que de nous et de notre responsabilité. Mais je crois que Dieu est prêt à nous y aider, à nous donner la volonté, le discernement, le courage et l'intelligence collective pour nous sauver, non pas seuls, mais avec Lui.

Et je crois que de toute façon, le Créateur dispose d'autres cartes, d'autres humanités à aimer, ailleurs dans l'univers. Notre fin ne serait pas celle de son amour.

Enfin …

Je ne crois pas que ce que nous croyons ou ne croyons pas soit important, à commencer par ce que moi-même je crois ou ne crois pas. Mais je crois que seule est importante la prière, ce dialogue que nous pouvons entretenir avec Dieu, l'écoute intérieure de ce qui est infiniment plus grand que nous, la relation personnelle et intime avec notre Dieu, quelle que soit la façon dont nous le nommons, le concevons, ou nous le figurons, et quelles que soient les affirmations dogmatiques que nous pouvons tous élaborer, moi le premier.

Je fais plus que le croire, je le sais pour le vivre : l'essentiel, c'est cette relation, ce dialogue quasi permanent avec Dieu, avec l'Esprit, cette intimité et cette confiance que nous voudrions permanentes. L'essentiel, c'est de prier, infiniment plus que de définir des dogmes... Prier, pour aimer. Car pour aimer, définir ne sert pas à grand'chose.

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».

Jean-Paul Morley

Culte du Consistoire à Versailles puis chapelle du Luxembourg

dimanche 26 juin 2016

Lectures : Jean 1 : 1-2 et 4

Matthieu 16 : 15-16

Jean 6 : 68

Repost 0
23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 12:40

En ce jour particulier, trois versets qui m'ont accompagné au long de ma vie.

Un : Quand j'étais enfant, mon père m'a dit vouloir sur sa tombe ce verset de Josué :

« Moi et ma maison, nous servirons l'Eternel ».

C'est beau, c'est plein de confiance. Mais aujourd'hui on n'engage pas d'autorité sa maison ni sa famille – les parents ici présents en savent peut-être quelque chose…

Mais peut-être, qui sait, que cela m'a influencé, et… je m'en souviens !

Et puis, deux : quand j'étais adolescent… il faut reconnaître que j'étais un ado timide, (je le suis toujours, mais je me cache), introverti, complexé, sans charme, renfermé et sans humour ; énergique et volontaire, mais sérieux comme un protestant.

Pourtant, quand j'ai fait ma confirmation, le 15 mars 1964 – oui, je sais, vous n'étiez pas nés, aucun de vous – le pasteur Charles Westphal, à Roquépine, a choisi pour moi un verset étonnant, dans un livre de la Bible que je n'aime pas, parce que c'est une sorte de contre-modèle qui propose une vision intégriste de la foi. J'ai nommé le livre de Néhémie… Un verset qui ne m'allait pas du tout, mais très beau :

« La joie du Seigneur sera votre force »

J'ai été très, très étonné. Mais aujourd'hui, je crois que ce pasteur éminent a été inspiré. Ce verset n'avait aucun rapport avec ce que j'étais. Pourtant, c'est peut-être ce qui m'a porté et aura été ma force. Car j'ai toujours été heureux du Seigneur, et de ce qu'Il me demandait et m'offrait de vivre. Quand j'étais chef scout, quand j’étais étudiant, que je livrais des lustres puis les repas de cantines scolaires, quand je conduisais des cars, que je militais à Amnesty International, au Mrap ou à la Cimade, quand je classifiais les livres du Centre Protestant d'Etudes, que je formais de futurs animateurs, que je m'engageais dans l'évangélico-social à la Mission Populaire Evangélique, ou quand j'en écrivais l'histoire sociologique, quand j'enseignais l'hébreu – certains ici s'en souviennent – cela a toujours été cette joie de mêler la prière, l'action, la parole et la fraternité, qui aura été ma force.

Et c'est le verset que je voudrai, un jour, sur ma propre tombe…

Alors oui, je dis et ne dirai jamais assez merci au Seigneur pour la joie qu'Il m'a donnée, tout du long où je tentais de vivre et d'agir à son service.

Même si je dois bien reconnaître que la joie qui m'a été donnée au long de ces 44 dernières années, il faut bien que le Seigneur admette qu'elle m'a été aussi donnée, à 50 %, par Chantal.

Et nos enfants.

Et le troisième verset ?

Trois : voilà une trentaine d'années déjà, ma mère est partie vers la lumière. Une formule qu'elle a inaugurée, agacée par les faire-part tristes et convenus… ‘Partir vers la lumière’ : beau, non ? Et rassurant ? Et, simplement, vrai.

Or, elle qui n'était croyante que par admiration de la foi des autres, a choisi pour son départ ce verset :

« Le Seigneur en a besoin »

Il s’agit de l’âne, au moment des Rameaux, sur lequel Jésus va entrer pour l'ultime fois à Jérusalem.

Le Seigneur en a besoin. Et c'est tout.

Je pensais que ma mère avait l'admirable modestie de ne pas prétendre être plus qu'un âne, à mettre au service du Sauveur. Mais non, même pas. Elle se pensait seulement comme l'anonyme propriétaire de l'âne, qui, sans discuter, laisse partir les siens quand ils se mettent, eux, au service du Christ : son mari, il est vrai très engagé dans l’Église et ailleurs ; son aînée, partie missionnaire ; son petit dernier, jouant au pasteur ouvrier….

Je suis donc l'âne. Et ma reconnaissance est immense. Ce n'est pas ma mère qui m'a transmis la foi, et je ne sais pas ce qu'elle a fait pour faire de moi cet âne. Mais je suis effectivement un de ces millions d'ânes qui essaient de porter, transmettre, offrir, non pas le Sauveur, restons calmes, mais la Parole, sa Parole.

Mal, pas assez, comme un âne, mais quelle chance immense !

. . .

Alors, aujourd'hui. Quand on enseigne la prière, si tant est qu'elle se puisse enseigner, on propose toujours de la structurer sur ces trois mots clefs : pardon, merci, s'il te plaît. D’habitude, je conseille de commencer par Merci : c'est plus juste, et cela fait du bien. Je reprendrai donc ces trois mots, mais en commençant quand même par pardon.

Il est vrai qu’un des bienfaits de la prière, c'est de finir par sentir qu'à peine à genoux, à peine présentée la demande de pardon, on sait, on sent qu'on est pardonné.

Toutefois, je vais quand-même vous demandez pardon, même si je sais que vous allez répondre : « Mais non, tu as été très bien ! ». Mais moi je sais, et je dis, parce que c'est vrai ; et vous allez en convenir tout de suite :

Pardon d'abord d'avoir parlé trop vite, et en bafouillant. Ah, vous voyez ? Eh, bien, pardon, justement.

Ensuite, combien de fois ai-je demandé à chacune et chacun d'entre vous : « On se connaît ? ». « C'est comment votre nom déjà ? ». Dix fois, vingt fois, plus ?… Un âne, on vous dit !

Pardon d'avoir toujours été pressé, stressé, anxieux, d'avoir injurié mon ordinateur, alors que je prêche la paix intérieure…

Pardon de la ramener sans cesse avec mon féminisme, mais là, je n'ai même pas de remords !

Plus grave : pardon à tous ceux et celles que je n'ai pas été voir, quand ils étaient isolés, malades, hospitalisés, dans le brouillard, et de ne pas leur avoir au moins téléphoné, de ne pas les avoir accompagnés, chacun ; pardon, dans l'arbitrage impossible ici entre les activités ou préparations et l'accompagnement des personnes, d'avoir si souvent arbitré pour la qualité des activités et non les personnes. C'était un choix, je ne sais pas si c'était le bon, je n'en suis pas sûr. C'est un vrai regret, que j'emporte.

Pardon de ne pas avoir assez donné, pas assez construit, trop ou pas assez osé, et pardon de penser cela, qui est quand-même terriblement prétentieux.

Pardon enfin, et peut-être surtout, et vraiment, pour tout ce dont je ne me rends pas compte : paroles, façons d'être, rigidités, négligences, positions théologiques ou bibliques qui ont choqué, ébranlé, blessé, désorienté, au lieu de nourrir…

Un âne, on vous l'a dit.

Mais un âne qui vous dit, à Dieu, mais à vous aussi, un immense merci. Une immense reconnaissance, immense, d'avoir été cet âne, un de ces millions d’ânes ! Quelle chance, quel privilège, quel immense cadeau, à travers les diverses étapes de ma vie et finalement comme pasteur à Auteuil, à la Maison Verte, à Boulogne et ici, de pouvoir être un âne, chétif, maigrichon et maladroit, mais qui a eu ce privilège de pouvoir consacrer l'essentiel de son temps à porter cette Parole d’évangile et à tenter d'aimer ses prochains.

A propos d'essentiel de son temps, parlez-en à Chantal !

Quelle chance de pouvoir passer du temps face à la Bible, la comprendre, un peu, pouvoir la partager, la prêcher, avoir l'extraordinaire chance de constater, incrédule, qu'elle est tellement forte, et qu'il est vrai qu'elle change des vies. La force de la Bible, je crois que je ne la comprends que maintenant. Je savais sa force pour moi, le bien qu'elle me faisait, comment elle me nourrissait, mais je ne me rends vraiment compte que maintenant d’à quel point nous sommes tous, vous, moi, tous, nourris, construits, édifiés par ses paroles qui, en particulier quand elles sont reprises dans la prière personnelle, nous font être ce que nous sommes. Tous différents, mais tous des hommes et des femmes de bien, des femmes et des hommes portés par plus grand qu'eux, toutes et tous des témoins…

Quelle chance d'avoir, par vous, et par d'autres ailleurs, quelle chance injuste d'avoir été accepté comme âne, respecté, souvent choyé, et, comment ne pas en être conscient et reconnaissant, aimé, dans les différents lieux que j'ai traversé et où j'ai travaillé.

Vous me manquerez !

Oui, chance, parce que d'autres ont reçu, et accepté, le destin d'être témoins par le martyre ou à travers le malheur. De continuer à être témoins alors qu'ils étaient frappés – on peut penser autant à Raphaël Picon, Eric de Putter, Jacques Valluis, à d’autres ici même, qu'aux chrétiens par exemple du Moyen-Orient…

Cet âne-ci, à part deux ou trois passages un peu douloureux, a tout au long de sa vie été préservé. C'est pour cela que je parle de chance et non de grâce. La grâce, c'est le pardon, c'est l'amour de Dieu quoi qu’il arrive et quoi qu'on soit, mais ce n'est pas la protection. Dieu a besoin de témoins heureux, mais aussi, parfois, et contre son gré, de témoins frappés par le destin, ou même martyrs.

Oui, « La joie du Seigneur sera votre force ».

Je n'avais pas compris. Ce n'était pas moi.

Eh bien si. Je suis un âne joyeux !

Et c'est peut-être cela qui a été, qui est encore aujourd'hui, ma force,

et qui a peut-être permis, un peu, que je sois un témoin.

Donc : Pardon. Merci.

Et s'il te plaît ?

Mais que vous demander ? Que vous conseiller ? Rien.

Juste prier, pour que Dieu vous accompagne chacune, chacun et cette communauté, et vous donne la joie de continuer – vous le ferez – à être tous des ânes et à porter la Parole…

Jean-paul Morley

Cultes de départ en retraite

Pentemont Luxembourg, 19 juin 2016

Lectures : Josué 24 : 15

Néhémie 8 : 10

Luc 19 : 28-31

Repost 0
17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 16:20

Nicodème et Bartimée, vous connaissez ? Non ?

Ce ne sont pas les personnages les plus connus du Nouveau Testament, d'accord, et ne soyez pas gênés : même les adultes, je ne suis pas certain qu'ils les identifient parfaitement tous. Nicodème peut-être, un peu ; mais Bartimée, peut-être moins – on n'aura pas le mauvais goût de faire lever le doigt pour vérifier…

Qu'est-ce qui les rapproche ? Rien.

Si ce n'est, l'un et l'autre, d'avoir un jour croisé la route de Jésus de son vivant.

Nicodème, c'est l'intellectuel. Et en Palestine à l'époque de Jésus, un intellectuel, c'est un religieux. Et celui-là fait même partie du Grand Conseil Juif, le Sanhédrin.

Ce Nicodème, sort un soir – c'est surtout pour cela qu'il est connu – pour venir rencontrer Jésus. Mais en catimini, de nuit, en secret, parce qu'il a honte, et un peu peur de ses amis du Sanhédrin, qui eux voient d'un très mauvais œil ce Jésus qui parle si bien de Dieu, fascine les foules, mais bouscule les traditions et les intérêts des prêtres et de la religion…

Et Jésus le bousculera un peu, lui aussi, en lui expliquant qu'il faut naître de nouveau, changer sa tête, et surtout son regard. Parce que la vérité, ce ne sont pas les rites ou les règles, mais la confiance.

Nicodème repartira très troublé, impressionné par la foi et le charisme de ce Jésus, mais pas prêt à tout lâcher pour lui et pour sa lumière.

Quelque temps plus tard, Jésus est devenu célèbre dans tout Israël, et lors d'une fête à Jérusalem, tout le monde ne parle que de Lui. Excédé, les prêtres envoient des gardes pour l'arrêter, mais… ils n'osent pas. Nicodème est alors le seul dans le Grand Conseil du Sanhédrin à tenter de défendre Jésus. Mais il n'ose pas déclarer sa foi en lui, il hésite, et se tait face aux objections…

Quelques jours plus tard encore, Jésus est cette fois arrêté, jugé vite fait, de nuit à nouveau, en cachette. Cette fois ce sont les autres prêtres qui ont honte de ce qu'ils font, et Jésus est condamné à mort, malgré une petite opposition dans le Grand Conseil. On ne sait pas si c'était de la part de Nicodème, mais il devait sûrement en être. Et il apportera de la myrrhe et de l’aloès au tombeau de Jésus.

Donc Nicodème : un homme sincère, intelligent, qui s'intéresse à Jésus et à ses paroles, qui sympathise, mais qui hésite à faire le pas. Peut-être parce qu'il ne manque de rien, il ne se sent pas de faire le saut dans la foi, parce que c'est quelque chose qu'on ne force pas, qu'on ne déclenche pas sur commande.

Peut-être certains se reconnaissent-ils un peu ?

Quand à Bartimée… lui, c'est le mendiant, l’aveugle.

Mendiant. Aveugle. Et appelé. Et guéri. S'il y avait là-dedans quelque chose de symbolique ?

  • Mendiant : il manque, il a besoin, il le sait, et il demande.
  • Aveugle : ce qui lui manque le plus, plus que de l'argent, c'est la lumière. C'est de voir, pas seulement de voir le soleil et tout ce qu'il éclaire, mais de voir la vie, de voir comment la recevoir et la conduire ; une lumière intérieure qui lui permette de cesser d'attendre et demander, et de pouvoir commencer à donner.
  • Il est appelé. Appelé, lui l'aveugle, le mendiant, le pauvre gars, le moins que rien, et appelé par qui ? Par le Fils de Dieu. Alors il se lève d'un bond, il n’attend plus, il accourt !
  • Et, enfin il est guéri. Il reçoit la lumière, et cette fois, il se met en marche, il suit Jésus, Celui qui est Lui-même la lumière et la vie.

Et qu'est-ce qui l'a ainsi sauvé ? Jésus ? Le Christ ?

Non : sa confiance. Sa foi. Oui, sa confiance. Il a osé. Il a même crié, malgré tous ceux qui lui disaient de se taire et de ne pas embêter le monde.

Deux personnages, donc, qui n'ont de commun que d'avoir, un jour, croisé la route de Jésus. L'intellectuel et le mendiant.

Alors j'ai pensé à vous ! Vous, dont la majorité en début d'année, ne cachaient pas leurs réserves et leurs doutes quant à Dieu, au Christ, à la foi. Vous avez réfléchi, échangé, discuté. Et aujourd'hui il me semble que vous vous situez tous plus ou moins entre Nicomède et Bartimée.

Tous, vous avez écouté ce que Jésus disait et ce qui vous était dit de Jésus ; tous, vous y avez trouvé des questions et du sens. Mais plusieurs, parmi vous, sont restés comme Nicodème : réservés, incertains, circonspects. Pourtant, certains parmi ces Nicodème, avez choisi de garder la porte ouverte, de rester à l'écoute, de demander quand-même le baptême ou la confirmation. Deux autres Nicodème, par sincérité, avez conclu que vous ne pouviez et ne deviez pas confirmer. L'un nous dira pourquoi.

Et nous avons tous de la tendresse pour Nicodème ! Parce que malgré ses doutes et sa perplexité, que nous partageons souvent, il a eu du courage. Pas un courage de héros, mais le courage d'exister et d'être lui-même.

Et puis d'autres, parmi vous, moins nombreux, sont des Bartimée. Qui ont osé. Qui ont fait le saut. Qui ont reçu la chance de croire. Qui ont accepté d'être mendiants, de se considérer comme manquants de quelque chose d'autre, et qui ont cru que Jésus, le Fils de Dieu, les appelait eux aussi par leur nom. Alors, ce matin, vous demandez votre baptême ou vous voulez confirmer le baptême que vous avez reçu enfant, avec la promesse que vous accompagne depuis.

Vous savez quoi ? L'Evangile de Marc se souvient du nom de ce mendiant aveugle, rencontré au hasard d'une route : Bartimée. Si la jeune Eglise s'en souvient, c'est sans doute que ce moins que rien est devenu chrétien, et qu'il l'est resté.

Alors la lumière qu'il a reçue ce jour-là, qui a éclairé sa vie et son avenir,

la confiance qu'il a eue ce jour-là, et qui a éclairé son chemin,

nous tous, ici, nous vous la souhaitons, à chacun de vous sept, Bartimées ou Nicodèmes, pour toute votre vie ;

et nous tous ici, et tous ceux qui vous aiment, prieront pour cela.

Jean-Paul Morley

Culte des confirmations, 12 juin 2016

Lectures : Jean 7 : 45-52

Marc 10 : 46-52

Repost 0
21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 16:30

En latin, foi se dit Fide, qui a donné fidélité. La foi peut difficilement être dissociée de la fidélité, parce que la foi n'est pas une croyance en Dieu ou en un dogme, mais une confiance. Une relation de confiance, avec son Dieu. Comme le disaient jadis les amoureux dans leurs déclarations d'amour : donner sa foi

Alors parler encore de la foi, mais sous cet aspect de la fidélité. Qu'est-ce qu’être fidèle ? A quoi suis-je, ou dois-je, être fidèle ? Pour cela, regardons Abraham et Sarah, couple emblématique de la foi dans la Bible.

Abraham et Sarah ont quitté leur pays, pour partir vers un autre, inconnu, étranger, à cause d'une promesse, une simple promesse venue du Ciel. Ils ont renoncé à leur fidélité à un pays, une origine, une famille, un passé, et à leur avenir prévu, pour une autre fidélité : la confiance en la fidélité de Dieu…

Et c'est ainsi qu'Abraham, avec Sarah, est devenu dans la Bible le prototype de la fidélité et de la confiance, comme l'apôtre Paul le confirmera dans sa lettre aux Romains. Mais c'est aussi ainsi qu'Abraham et Sarah deviennent un exemple de nos propres conflits, les plus difficiles, quand nous sommes partagés entre deux vraies fidélités : la fidélité à nous-même, à ce que nous croyons ; et la fidélité à notre projet de vie, ou simplement à la force et au mouvement de notre environnement et de la vie.

Deux fidélités qui heureusement se rejoignent et se recouvrent souvent, mais parfois se contredisent. Quand par exemple nous ne voulons pas accepter un travail contraire à nos désirs ou nos convictions, mais que nous devons quand même vivre, et payer le loyer ; ou quand, dans notre couple, nous nous demandons jusqu'où nous devons accepter, ou résister, pour sauvegarder ce couple ou préserver nos enfants…

Et bien sûr je suis le premier à savoir que souvent je ne suis pas fidèle à moi-même, à l'Evangile que je prêche, à mes amitiés ou mon amour, à ce que je crois juste.

Que faire alors, quand nous sommes déchirés entre deux fidélités ? A cette question, évidemment pas de réponse facile…

Alors regardons Abraham et Sarah.

Ils sont loin d'avoir eu une vie facile. Au contraire, malgré les promesses de Dieu, ils se sont souvent trouvés devant des choix douloureux :

  • Quitter pays et famille, souvenirs et réseaux d'amitiés, d'habitudes ou d'affections ;
  • mais aussi second exil : quitter le nouveau pays, pourtant promis par Dieu, pour se réfugier en Egypte à cause de la famine ;
  • et là, renoncer à leur fidélité conjugale, puisqu'Abraham demande à Sarah de se présenter comme sa sœur, et, pour sauver sa vie, laisse Pharaon la prendre pour maîtresse…

Mais ce n'est pas fini :

  • nouvelle entorse à la fidélité de ce couple, cette fois c'est Sarah qui propose à Abraham de coucher avec sa servante, pour lui donner un fils, et ce sera Ismaël ;
  • puis, plus tard, de chasser ce fils et sa mère, pour que son fils à elle, Isaac, enfin donné, ne soit pas lésé par le fils de sa servante. Et Abraham a dû choisir entre son fils aîné et le fils donné par Dieu…

Et ce n'est pas encore fini : le pire, le plus difficile, le plus douloureux sera quand Dieu demandera à Abraham de lui faire confiance sans comprendre, quand Il lui demandera de sacrifier ce fils, Isaac, le fils de la promesse. Quand Il lui demandera de sacrifier sa fidélité envers lui-même, envers son projet avec Sarah, envers son fils et son espoir, envers leur enfant, envers ce pourquoi il a vécu toute sa vie, ce à quoi il a cru toute sa vie ; envers ce que la promesse de Dieu Lui-même lui avait donné.

Contradiction folle, impensable !

Sacrifier sa fidélité à tout cela, sa fidélité à lui-même, par fidélité à Dieu et à ce que Dieu lui demande… Choix terrible, inhumain, impossible : choisir entre deux fidélités à Dieu.

Abraham acceptera – on ne sait pas si Sarah l'a su, en tout cas ce n'est pas dit. Mais Abraham recevra la vie de son fils en récompense, la vie de celui qu’il était prêt à sacrifier, et qui deviendra le nouveau porteur de la promesse de Dieu.

Alors, et nous ?

Chaque fois que nous sommes dans une telle situation de choix terrible, de décision à prendre, obligés à un choix impossible entre deux vraies fidélités, chaque fois que nous sommes ainsi déchirés, peut-être pouvons-nous nous souvenir d'Abraham et de son choix, probablement encore plus impossible que les nôtres. Et de sa décision de choisir la fidélité à la voix de Dieu plus encore que la fidélité à lui-même, à Sarah, à son passé…

Mais, d'abord, qu'est-ce qu'être ‘fidèle’ ?

C'est, je crois, dans un premier temps être fidèle à soi-même – même s'il y a besoin de préciser, même si cela est devenu aujourd'hui ambigu. Parce qu'être fidèle à soi-même est souvent compris aujourd’hui comme être fidèle à son ego, à l'image qu'on a de soi-même, voire à ses désirs, à ses envies ou à l'amour de soi-même. Ce n'est sans doute pas tout à fait cela, être fidèle à soi-même. Ce n'est pas non plus s'enfermer en soi-même, dans un passé, des habitudes, un comportement, un personnage, ou encore une culture ou une tradition. Ce n'est sans doute pas non plus tout à fait cela, être fidèle à soi-même.

Etre fidèle à soi-même, pour moi, c'est ne pas se trahir.

Ne pas trahir ce qu'on est, ce qu'on se veut, ce que les autres attendent de nous.

Ne pas trahir ce qu'on s'est proposé, peut-être engagé, à être quand on avait 15 ou 25 ans.

Ne pas trahir ce qu'on croit, sa foi, son projet, projet de couple, projet de vie.

Se respecter soi-même : non pas se prendre au sérieux, mais se respecter en tant que créature de Dieu, en tant qu'enfant de Dieu, en tant que quelqu'un que Dieu a voulu. Et une créature de Dieu, c'est quelque chose qui mérite le respect, qui mérite l'amour, et qui mérite de s'épanouir.

Alors être fidèle à soi-même, c'est peut-être encore plus : encore plus qu'être fidèle à soi-même, c'est être fidèle à l’appel que Dieu nous adresse, fidèle à l'épanouissement que Dieu nous propose, et au besoin qu'Il a de nous.

Lorsque Dieu se présente à Moïse dans le buisson ardent, et que Moïse lui demande son nom, Dieu lui répond : « Je suis qui je serai »… Peut-être que cette formule étrange s'applique aussi à nous, à chacun ou chacune de nous. Je suis qui je serai : …qui je serai tant que Dieu me guidera et m'accompagnera. Et que je le suivrai. Etre fidèle à ce que je serai, à ce que je veux être, à ce que je dois être, à ce que je suis appelé à être, par Dieu, c'est peut-être cela, la vraie fidélité à soi-même.

Comprise ainsi, la fidélité à soi-même se confond avec la fidélité et la confiance en Dieu. Alors elle ne peut être un enfermement dans une idée de soi ou de son destin, mais elle accepte au contraire les changements, parce que la route n'est pas forcément droite. Y compris, comme Abraham et Sarah, des changements dans ce qu'on s'était promis ou ce qu'on avait cru vouloir.

Bon.

Etre fidèle serait donc être fidèle à soi-même, en tant que l'enfant de Dieu que nous sommes. Invité par Dieu.

D’accord.

Mais revenons à notre question : lorsque cette fidélité n'est plus claire, lorsque nous sommes partagés entre deux fidélités, quand ces deux fidélités, comme pour Abraham, ressemblent toutes deux à la volonté de Dieu, quelle méthode, quelle démarche pour voir clair ?

Peut-être quatre étapes :

  1. Réfléchir. Analyser. Comprendre. Peser les choses et les termes, inventer des solutions.
  2. Confronter les choix possibles à l'Evangile, en tant que commandement d'amour : le bien de l'autre avant le mien. Même si le bien de l'autre n'est pas de tout accepter, et peut nécessiter qu'on lui résiste – un enfant, un fanatique, un égaré…
  3. Cela vérifié, prier. C'est-à-dire patienter, à genoux, en silence, devant le vide, comme Abraham, comme Jésus à Gethsémané, en présentant la situation et les choix ; et attendre que la silencieuse réponse devienne évidente ; l'attendre parfois des semaines ou des mois, ou quelquefois des années.
  4. Accepter la réponse ou la décision, continuer d'en confier chaque étape, et faire confiance à la direction reçue. Comme Abraham. Comme Jésus à Gethsémané.

Réfléchir – Confronter à l'Evangile – Prier – Accepter.

Et découvrir qu'on est bien, dans cette décision.

Même si elle est dure, mais parce qu'on est en paix avec soi-même, et en communion avec l'Evangile.

C'est là que la foi est éprouvée : quand, comme Abraham ou Jésus, nous sommes fidèles malgré le prix, c'est alors que Dieu nous redonne la vie et nous ouvre l'avenir.

Comme à Abraham, comme à Jésus…

Cultes du 17 avril 2016

Lectures : Genèse 12 : 1-2

Genèse 22 : 1-2

Romains 4 : 1-3 et 18-21

Repost 0
5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 17:31

Et vous, croyez-vous vraiment que Jésus, le Christ, soit le Fils de Dieu, et mieux : qu'il change votre vie ?

Difficile pour nos contemporains de croire aujourd'hui. Et même lorsqu'on prend la décision de baptiser ses enfants ou de se marier à l’Église, on n'est pas toujours sûrs de combien on croit…

Alors pourquoi Jésus-Christ ? Quoi de particulier avec lui ?

Une vie peu ordinaire, c'est vrai. Mais surtout un ‘après’, dont l'onde de choc nous atteint encore, 2000 ans plus tard. Une vie peu ordinaire qui commence pourtant discrètement : peu de traces de son enfance et de sa jeunesse, si ce n'est quelques belles histoires autour de sa naissance, mais qui semblent surtout relever du merveilleux…

En revanche, un homme, nommé Jésus, charpentier à Nazareth, qui à 30 ans s'en va. Et qui laisse pêle-mêle père, mère, frères, sœurs, métier, village, amis, succession de son père, atelier, clients, fiancée peut-être… Et qui devient une sorte de routard, commençant de sillonner les routes d'Israël, puis aussi de Samarie, et même des pays alentours, Syrie ou Jordanie…

Routard et un peu guérisseur, puisque, nous dit-on, il guérissait des malades, des impotents, des névrosés, des déprimés ; qu'il partageait le pain et le poisson, même quand il n'y en avait plus ; et que parfois une telle lumière émanait de Lui que certains se demandaient s'il était tout à la fait humain…

Routard, guérisseur, mais aussi et surtout une sorte de prophète, de super-rabbin un peu imprécateur. Pour dénoncer les prêtres et les théologiens, les riches et les puissants, mais surtout les hypocrites, les seuls auxquels il ne semblait pas pouvoir pardonner… En revanche, il s'intéressait avec tendresse aux exclus, aux collabos des Romains, aux prostituées, aux moralement incorrects… Et ses mots sonnaient juste. Et ses mots touchaient juste.

Des mots de rêveur, qui parlaient de règne de paix, de justice et de fraternité. Des mots d'idéalistes, qui affirmaient qu'on peut pardonner jusqu'à 70 fois 7 fois, ou qu'il vaut mieux ne pas se lier plutôt qu'être infidèle. Des mots de naïf, qui proposaient de se laisser frapper plutôt que se défendre, de se laisser dépouiller plutôt que prendre, et qu'on peut être heureux à souffrir ou à pleurer.

Pourtant des mots qui touchaient juste. Et surtout qu'il mettait lui-même en pratique.

On le sait, tout cela n'a pas plu. Prêtres et chefs religieux se sont arrangés avec les politiques pour le faire taire. Pour se défendre, il aurait pu rassembler les foules qui le suivaient. Mais il a préféré se laisser faire, allant au devant de ses adversaires, cohérent avec lui-même, pour ne pas ajouter la violence à la violence.

Et ils l'ont tué. Après que tous l'aient abandonné.

Il n'était pas le premier à mourir pour ce qu'il croyait. Mais c'est après qu’il s'est passé quelque chose d'extraordinaire.

On aurait pu garder le souvenir d'un homme et d'un itinéraire un peu exceptionnels, peut-être d'un de ces moments où ‘quelque-chose’, une grâce, vient visiter une personne et une vie ; où le ciel et la terre semblent un instant en contact… Un souvenir qui s'estompe, ou devient mythe avec le temps.

Mais là… Une, deux, puis cinq, dix personnes ont affirmé l'avoir vu vivant, puis cinq cent, mille, bientôt des dizaines de milliers qui se sont répandus dans l'Empire romain, et qu'on a fait mourir parce qu'ils affirmaient : « Jésus était l'Envoyé. Jésus était Dieu ».

Et ce raz-de-marée a donné un sens et un contenu à la vie de millions et de millions de femmes et d'hommes, dans le monde entier et aujourd'hui encore, donnant naissance à ce qui est devenu le plus formidable bouleversement religieux de l'histoire de l'humanité.

Qu'est-ce qui s'est donc passé ?

Quelque chose d'incongru, d'aberrant : sa mort est devenue une sorte de révélateur. Celui qui est mort bêtement, honteusement, dérisoirement, dans un fiasco complet, c'est lui qui est devenu LA clef.

Toute simple : c'est en donnant qu'on est vivant,

c'est en aimant qu'on est soi-même,

c'est en donnant sa vie qu'on trouve sa vie.

Tout le reste n’est que menterie et illusion.

De tout cela, que reste-t-il aujourd'hui ? Une proposition, à trois faces : un regard, un choix, et un compagnon.

D'abord un regard. Dans la même direction que lui. Parce que ses mots touchent toujours juste : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » disait-il.

Le chemin ? Celui qu'il a lui-même emprunté : tout donner.

La vérité ? Celle pleine d'espoir et de transparence à laquelle il invitait : aimer, toujours.

La vie ? Celle faite de don, d'exigence et d'absolu qu'il a lui-même vécue, et qui a surgit de sa mort : une vie éternelle.

Un chemin pour toi,

une vérité pour horizon,

une vie à oser.

Et du coup, c'est un choix. Un vrai choix, de ces choix qui font basculer une vie. Celui de ne plus être prisonnier de soi-même, mais tourné vers autrui, de donner à son tour, donner toujours.

Il en offre le modèle : tout donner, donner sa vie – ce qui ne signifie pas mourir, mais au contraire vivre, parce que donner, c'est la seule clef, la seule solution, la clef pour chacun ou chacune de sa propre vérité et de son bonheur ; le seul secret de la réussite d'une vie. Faire ce choix, et se retrouver comblé, plein de force, de sens, de raison de vivre, de paix, de tendresse.

Donc un regard. Un choix. Et puis le Christ, aujourd'hui, c'est encore autre chose : un compagnon. Quelqu'un à qui parler tous les jours. A écouter tous les jours. A qui tout confier, tout remettre, tout partager, tout offrir ; et en réalité de qui tout recevoir.

Et ce dialogue intérieur-là, c'est sans doute le plus grand trésor que l'on puisse trouver sur terre.

Voilà ce qu'il y a de singulier, de décisif, avec ce Jésus qu'on appelle Christ.

Une vie peu ordinaire, suivie d'une mort absurde, qui a déclenché la plus grande secousse spirituelle de l'histoire humaine.

Et qui vient jusqu'à nous : toi aussi, tu peux changer ton regard, sur toi-même et sur la vie.

C'est aussi puissant que l'amour.

Et le secret est le même : donner sans compter.

C'est de la folie. Et c'est la vie.

Et nous pouvons alors oser un saut brutal, dans notre inquiétante actualité. En ce moment, les enquêtes révèlent que les djihadistes de l'intérieur, tellement effrayants, tellement étranges à nos yeux, sont souvent moins le produit de leurs conditions sociales ou culturelles que le produit d'une absence de sens à leur vie, alors que beaucoup sont socialement assez bien intégrés.

Nous pouvons alors nous dire, et dire, que la vie a du sens, grâce à ce Jésus-Christ, à la suite de ce Jésus-Christ, et que lui aussi nous appelle tous à bannir la férocité et le non-sens, pour rendre ce monde plus humain.

Et c'est à eux aussi qu'il nous appartient de proposer et de partager ce chemin, cette vérité, cette vie. Cette clef.

Seigneur, Christ… montre-nous ce que nous pouvons faire,

donne-nous d'être ce que tu veux,

et de partager ce que tu es.

Cultes du 3 avril 2016

Lectures : Marc 8 : 27-31

Actes 2 : 38-41

Repost 0
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 13:42

Les Rameaux ! Le jour de gloire de Jésus, quand il entre dans Jérusalem sur un âne, comme les grands rois de jadis, sous les ovations de la foule, qui l'acclame comme un sauveur et veut le faire roi

Les Rameaux, jour de gloire... ou de grand malentendu ? Jésus entre triomphalement dans Jérusalem sous les acclamations de la foule, qui a enfin compris que ce rabbi bizarre, miraculeux et subversif était vraiment le Messie, celui qu'on attendait, le vrai, l'envoyé de Dieu. Celui qui va libérer Israël, rétablir le Royaume de Juda, le règne de Dieu, instaurer la justice, la fraternité et la loyauté, tout cela par la toute puissance du Très-Haut…

Et Jésus répond le cœur déchiré à cet enthousiasme. Il sait, lui, que le peuple se trompe ; il sait que Dieu ne fera pas à notre place ; il sait que le Règne de Dieu est là, tout près, entre nos mains, au milieu de nous, mais que, justement, il dépend de nous.

Eux voulaient le faire roi, sans plus attendre. Mais Jésus, lui, pleure sur Jérusalem.

Eux voulaient le faire roi, sans plus attendre. Mais Jésus, lui, sabote tout espoir de ce genre en provoquant un scandale avec les marchands du Temple, scandale qui bloque le fonctionnement du temple. Et voici que la religion ancienne est immobilisée, pétrifiée.

Eux voulaient le faire roi, mais sa couronne sera d'épines, son trône, de clous, et c'est sa mort qui sera sa gloire !

Tristes rameaux, triste illusion, funèbre malentendu.

Pour les compagnons de Jésus, abasourdis, c'est la nuit, la sidération, le noir du tombeau. Il n'aura fallu qu'une petite semaine entre l'entrée triomphale à Jérusalem et l'entrée au tombeau…

Mais il ne se passera que trois jours entre l'effondrement de toute espérance et sa résurrection. Celle de Jésus. Celle de l'espérance. Il fallait tuer l'illusion pour que la véritable espérance puisse vivre. Il fallait que Jésus meure et ressuscite pour que l'Eglise puisse naître.

Et elle naît, sous la forme de quelques femmes et quelques hommes courageux, qui annoncent, contrairement à toute évidence, que le mort est vivant, que Jésus avait raison, que le Règne de Dieu est là, tout proche et entre nos mains, les nôtres, prêt à être vécu. Des miracles l'attestent. Et des milliers d'hommes et de femmes entrent dans l'espérance, partagent leur foi, leurs biens, leurs prières, font fi des menaces des prêtres, et organisent déjà une vie communautaire…

Mais, premier flottement dans cette organisation, certains, certaines, des veuves étrangères, sont défavorisées. Dans cette communauté fervente, certains, certaines sont moins que d'autres… Est-ce possible, dans une communauté dont le cœur battant est l'amour de Dieu, et l'amour des frères et sœurs en Christ ? Non.

Cela dit, les apôtres n'hésitent pas : « Nous, disent-ils, notre mission, c'est la Parole, c'est annoncer Jésus, le Christ vivant. Que d'autres s'occupent de l'intendance ».

Alors, on en choisit sept. Sept diacres pour assurer la répartition équitable des repas.

Et c'est là que cela devient intéressant. Car si les apôtres ne pouvaient accepter d'annoncer l'Evangile de l'amour sans le vivre entre eux, les diacres, eux, ne peuvent le vivre et distribuer le service sans annoncer aussi l'Evangile d'amour. C'est indissociable, dans les deux sens.

Et ce sont eux, les diacres, ceux du service et de la solidarité, qui l'annoncent le mieux et le plus efficacement. Mieux que les apôtres qui se réservaient ce rôle ! Au point que ce sont eux, Etienne et Philippe en tête, qui deviennent les premiers persécutés, traînés au tribunal de la Synagogue.

Et là, Etienne, faisant face à ses juges, se lance dans un discours extraordinaire, un joyau de réthorique, (qui constitue tout le chapitre 7 des Actes) où, après avoir rappelé l'histoire des relations entre Dieu et son peuple, avec toutes les infidélités de celui-ci, finit par leur démontrer qu'eux, les guides et les juges du peuple, sont en fait les descendants de tous ceux qui dans l'histoire furent infidèles à Dieu, en remplaçant la foi et la justice par la règle et le rite.

Conséquence immédiate, les prêtres, fous de rage, traînent Etienne hors de la ville, et le lapident… Premier martyr de la foi.

Or ce tout premier martyr de la foi est donc un diacre, c'est-à-dire un croyant affecté au service des pauvres… Comme si c'était le service des défavorisés et des étrangers qui portait avec le plus de force et de vérité la parole du Christ.

Comme si c'était l'engagement dans un service engagé, concret, les mains dans la pâte, qui donnait à la parole annoncée sa vérité.

Comme si – mais ne le savons-nous pas déjà ? – le geste de solidarité était indissociable de l'annonce de l'Evangile, et inversement l'annonce de l'Evangile indissociable du geste de solidarité.

C'est ce qu'ont compris William et Catherine Booth dès la création de l'Armée du Salut, où le pasteur Mc All à l'origine de la Mission Populaire Evangélique, ou encore Simone de Dietrich et Madeleine Barot en créant la Cimade dès juillet 1940.

Comme l'écrivait dans sa lettre l'apôtre Jacques, premier chef de l’Église : « La foi, si elle n'a pas d'œuvres, est morte en elle-même. Montre moi ta foi sans œuvres, et moi je te montrerai ma foi par mes œuvres ».

Ce n'est pas de la morale. Ce n'est pas une obligation.

C'est juste une évidence.

On ne peut croire sans faire.

On ne peut être aimé sans rendre.

On ne peut être aimé sans aimer en retour.

Et on ne peut aimer sans donner, partager, accompagner, aider.

Sans quoi on se trompe soi-même, on se ment à soi-même. A l'échelle individuelle, comme à l'échelle collective.

Si nous comprenons que, malgré tout ce qui s'agite au fond de nous, nous sommes regardés comme justes par notre Créateur, nous ne pouvons que regarder le plus misérable et le moins méritant des humains comme, lui aussi, regardé comme juste par son Créateur. Et nous ne pouvons que vouloir la justice pour tous. C'est simplement naturel.

Vous rappelez-vous de la dernière parabole de Jésus ? Celle des brebis et des boucs. Au dernier jour, le grand troupeau des humains sera ressuscité. Et trié. A droite les moutons. A gauche les chèvres. Les moutons sont ceux qui auront, au long de leur vie, donné du pain, de l'eau, du temps, une couverture, de la fraternité à ceux qui en avaient besoin. Les chèvres sont ceux qui auront négligé d'en donner.

L'intéressant, c'est qu'il ne s'agit pas de morale : ni les moutons, ni les chèvres ne se souviennent de l'avoir fait, ou pas, au nom du Christ. Ils l'ont fait, ou pas, naturellement, spontanément, parce qu'il s'agissait de petits, de frères ou de sœurs qui avaient besoin. Sans calcul. Spontanément. Parce qu'on ne peut aimer sans donner. Parce qu'on ne peut aimer l'Evangile sans le vivre et concrétiser cet amour.

Voilà pourquoi notre Eglise se trahirait si elle prétendait annoncer l'Evangile sans donner et partager.

Mais elle le fait, ici, discrètement, sans trop de bruit, avec un engagement financier bien sûr, mais surtout un bel engagement humain, de beaucoup d'entre nous. Avec les permanences Cimade, avec l'organisation des repas de Sans domicile, avec l'accueil de réfugiés, avec le soutien à la Mission Populaire du Picoulet, et avec tout ce qui ne se voit pas.

D'où ce quatrième volet de notre Projet d'Eglise, « L'engagement et la solidarité », à toujours renforcer. Ce quatrième n'est pas le moins important, il est la conséquence naturelle de ce qui précède.

Et cela le rejoint : car le dernier mot, bien sûr, c'est prier.

Prier, pour sentir l'amour qui m'enveloppe ;

Prier, pour sentir l'irrésistible envie de rendre et de partager ;

Prier, pour recevoir le courage, l'intelligence et la force de vivre cet amour engagé, et de le vivre joyeusement, avec naturel ;

Prier, pour présenter toutes ces souffrances et ceux et celles qui les vivent à ce Dieu maternel et bienveillant…

Prier pour tout cela, et se découvrir heureux !

Cultes des Rameaux 2016

Lectures : Luc 19 : 28 à 41 et 45-46

Actes 6 : 1 à 8

Repost 0
25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 16:07

Vacances d'hiver et Carême viennent de commencer. Pour des protestants, la préparation de Pâques, c’est un temps pour ménager plus de temps à la prière et la lecture de la Bible…

Alors je vais vous raconter une expérience personnelle de petites vacances comme celles-ci. Elle m'a donné à réfléchir un peu.

Mais d'abord, relisez dans la Bible la fameuse réponse de Salomon, futur plus grand roi d'Israël, alors qu'il vient d'être intronisé après la mort du roi David, son père, et que Dieu lui demande ce qu'il veut pour son règne : I Rois 3 : 5-17

Voilà quelques années, j'ai fait une intéressante vérification pratique et impromptue de ce que je prêche jour après jour ou année après année.

Nous étions partis en vacances pour une semaine avec deux amies. Les deux premiers jours, je n'étais pas très content : pas de très bonne humeur, un peu bougon, un peu enrhumé, pas satisfait ni de ce je faisais, ni de l'organisation des vacances ; bref, maussade, taciturne et pas agréable pour mes co-vacancières.

Un peu bête de gâcher ainsi des vacances !

Alors j'ai réfléchi. Et qu'ai-je découvert ? Que pendant ce début de vacances :

Premièrement je n'avais guère prié ;

Deuxièmement j'avais prévu ce que je voulais faire pour moi, travaux ou loisirs, et comment devrait s'organiser la vie à mon idée ;

Mais troisièmement que je n'avais pas envisagé ce que je pouvais faire pour mes trois co-vacancières, au-delà bien entendu du minimum syndical, pour leur rendre leur séjour heureux et bienfaisant.

Résultat : c'était moi qui n'étais pas heureux, et qui ne me faisais aucun bien ! Alors j'ai juste changé de logiciel :

Premièrement, j'ai recommencé de prier, pour offrir ces quelques journées restant de vacances, et m'offrir à y être utile ;

Et deuxièmement j'ai décidé de me rendre attentif et agréable aux trois autres.

Résultat : le lendemain matin, je me suis réveillé tout joyeux, j'ai changé de mode avec mes trois co-vacancières, et… je me suis retrouvé heureux. Je ne sais pas si j'ai été plus agréable, mais, sans doute, j'espère avoir été au moins... moins désagréable !

C'est quand-même extraordinaire ! Car qu'est-ce que je prêche, de culte en culte et de catéchisme en catéchisme ? Que le secret du bonheur est extrêmement simple, et qu'il se trouve au cœur de l'Evangile : d'abord comprendre que vivre pour soi est une impasse et la certitude d'être malheureux ; ensuite que le secret n'en est pas un : il est de faire passer autrui avant soi-même, et d'en trouver la force dans l'amour reçu de Dieu.

En termes bibliques, cela s'appelle : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ta force, et tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Autrement dit : l'égoïsme ordinaire, courant, naturel, le mien par exemple, conduit à la tristesse et au malaise intérieur ; tandis que le souci d'autrui avant soi-même conduit au bonheur et à la paix intérieure… C'est bien ce que je prêche opiniâtrement. Et c'est donc vrai ! En huit jours, je l'ai vérifié, comme un exercice pratique. C'est du vécu !

Alors, vous savez quoi ?

Si vous en êtes déjà convaincu, continuez : vous êtes heureux. En cas de doute, faîtes comme moi l'expérience contraire, pour vérifier.

Si vous n'en êtes pas convaincus, alors vraiment, faîtes l'exercice pratique, je gage qu'une seule journée d'exercice suffira à vous convaincre !

Vous voyez, l'Evangile, ce n'est pas si compliqué à vivre, et c'est la porte du bonheur.

Trop facile ? Je peux dire cela parce que ma vie est facile, avec une famille, un toit, un travail, des enfants en bonne santé ? Exact.

Pourtant, permettez-moi de maintenir mon affirmation, en m'appuyant cette fois sur ce que j'ai observé autour de moi : c'est justement quand tout va mal, quand le malheur vous frappe, deuil, naufrage social, maladie, dépression, c'est justement alors – et je l'ai observé chez d'autres avec admiration – qu'il nous faut à tout prix nous obstiner à penser autrui, avant soi-même, au bonheur d'autrui avant le mien, malgré le mien. Non pas qu'il faille se négliger ou se sacrifier, au contraire, toujours s'accepter soi-même, se respecter et prendre soin de soi, mais c'est seulement en pensant à autrui avant soi-même qu'on reste humain, qu'on reste des êtres humains, et qu'on peut, malgré tout, garder ou retrouver une part de bonheur en soi – en la confiant au Père, et en le suppliant de continuer à nous donner suffisamment de force pour cela : continuer de penser autrui avant soi-même.

C'est bien cette force-là que nous demandons dans la prière, comme Salomon devenant roi, et c'est elle que nous recevons à la Sainte Cène que nous partageons le dimanche.

« O Seigneur,

que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler,

à être compris qu'à comprendre,

à être aimé qu'à aimer.

Car c'est en se donnant qu'on reçoit,

c'est en s'oubliant qu'on se retrouve,

c'est en pardonnant qu'on est pardonné,

c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie. » (Saint-François d'Assise).

Et puis je vous propose deux nouvelles histoires, ou plutôt une double : celles de deux jeunes hommes que j'ai connus, voici quelques années. Deux histoires parfaitement authentiques.

Ces deux jeunes hommes ont, l'un et l'autre, peu de diplômes.

L'un est africain, noir et tout, orphelin, et débarque en France avec des papiers un peu truqués et un français approximatif. Très peu de chance d'être régularisé et de réussir son immigration.

L'autre est blanc, français et tout, et d'une bonne famille, bonne éducation, beau gosse, contact agréable, une jeune épouse charmante, beaucoup d'ambition et d'énergie. Beaucoup d'atouts pour réussir.

Mais le premier a une confiance étonnante en Dieu, envers les autres, envers l'avenir, envers sa bonne étoile. Et quand il prie, chaque jour, il prie comme Salomon, c'est-à-dire avec une immense humilité et en demandant uniquement que Dieu l'aide à bien faire et à vivre juste et fraternel.

L'autre ne fait confiance à personne, ne croit pas en Dieu, a confiance en lui, en son avenir, qu'il conçoit comme un combat. Il ne prie jamais, occupé par des choses tantôt plus sérieuses, tantôt plus excitantes.

Le premier se retrouve donc à Paris, seul, sans logement, ni famille, ni travail, survivant de petits services et boulots grappillés, et en évitant les contrôles d'identité.

L'autre, par les relations de son père, trouve un travail dans la finance, où il peut investir son ambition et son énergie.

Mais finalement, la confiance du premier, sa gentillesse, sa disponibilité lui permettent de faire des rencontres, certaines improbables, qui se transforment en amitiés imprévues, puis en un réseau de vrais amis qui finit, avec l'appui d'une Eglise, par lui permettre de trouver un logement, des papiers, un travail, des études, une vraie embauche et pour finir une naturalisation.

Tandis que l'autre se retrouve licencié avec la crise économique, riche d'un petit capital et d'une bonne expérience, mais seul, sans aide, juste un réseau professionnel… qui s'évapore rapidement. En peu de temps son capital a fondu et il ne retrouve pas de travail.

Coïncidence, c'est à la même époque que l'un atterrissait en France et que l'autre perdait son emploi. Quelques années plus tard, leurs trajectoires s'étaient inversées, contre toute logique.

Qu'est-ce que je suggère ?

Que l'un est béni de Dieu, aimé ?

Que l'autre est puni de Dieu, non aimé ?

Non, bien sûr.

L'un béni ? Oui, ces rencontres improbables, ces amitiés, cette certitude d'être accompagné… oui, mais tout cela rendu possible par sa confiance, son écoute, sa disponibilité, son sens du service sans aucun calcul : on peut appeler cela la foi.

L’autre puni ? Non, mais Dieu rendu impuissant, ne pouvant rien faire ni guider, faute d'une confiance en face de lui, d'une écoute, d'une disponibilité : on appelle cela une foi…

Tous les deux sont certainement aimés de Dieu autant l'un que l'autre. Sans doute avec un regard de tendresse pour l'un, un regard désolé et désarmé pour l'autre…

Eh, bien oui, c'est bien cela que je veux dire : la confiance envers les autres, envers Dieu, envers ce qui adviendra de nous-même, est une vraie clef. Cela s'appelle la foi, et la Bible sait que la foi est la clef de la bénédiction qu'elle promet. Cela paraît simpliste à prétendre, simpliste à prêcher, mais c'est tout simplement vrai : Dieu a besoin de nous pour nous bénir.

La foi, la confiance et la fidélité ouvrent la porte du bonheur et de la bénédiction, mais l'absence de foi et de confiance fait glisser vers celle du désespoir et de la solitude. C'est simplement vrai, annoncé par la Bible, et éprouvé. Bien sûr, on peut avoir une vraie foi et être frappé par le malheur. Mais, même alors, on peut continuer d'être guidé si on parvient à garder cette confiance.

Une image toute simple pour finir : imaginons une forêt vierge. On s'y perd. C'est dangereux. Mais imaginons aussi une longue corde qui la traverse : s'y accrocher permet d'arriver à destination et d'éviter les dangers.

Cette forêt existe : c'est la vie. Pour chacun, chacune.

La corde existe aussi : elle est donnée par Dieu, au quotidien. Elle ne se voit guère, elle est discrète, mais elle est là : il suffit de la tenir. Il suffit de lui faire confiance. Confiance en Dieu. Et prier. Comme Salomon, en se mettant au service.

Jean-paul Morley

Cultes du 2 février 2016

Lectures : I Rois 3 : 5-10

I Thessaloniciens 5 : 16-24

Repost 0