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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 19:22

Pierre vient de reconnaître en Jésus le Messie.

Jésus vient de lui répondre que le Fils de l'Homme – le Messie – devra souffrir, et mourir, et revivre. Pierre ne comprend pas.

Et Jésus vient d'ajouter que le disciple aussi doit mourir pour vivre :

« Quiconque veut sauver sa vie la perdra,

  mais quiconque la donnera à cause de moi, la trouvera ».

           

Jésus vient donc de révéler que notre propre salut, notre avenir, notre accomplissement passe, comme celui du Christ, par une mort à nous-même et par une nouvelle naissance.

Et aussitôt après, c'est l'épisode qu'on appelle la Transfiguration.

           

Mais que vient soudain faire cette intrusion de merveilleux, auquel nous avons sans doute un peu de mal à croire, en plein milieu de l'Evangile de Marc ? Alors qu'il ne dit rien, par exemple, de la naissance merveilleuse de Jésus ?

Tout simplement présenter une nouvelle naissance de Jésus en tant que Christ, que Messie, qu'envoyé de Dieu. La première fois, c'était au début de l'Evangile. Pas à la naissance humaine de Jésus, que Marc n'évoque même pas, mais au baptême de Jésus adulte. Déjà alors une voix venue du Ciel avait proclamé : « Tu es mon fils bien-aimé, en toi je me réjouis », tandis que l'Esprit Saint, comme une colombe, descendait vers Lui.

Cette voix, adressée à Jésus lui-même, lui annonçait son adoption par Dieu et sa vocation à venir. C'était son appel personnel.

Trois ans plus tard, à la Transfiguration, il s’agit bien d’une seconde naissance en tant que Christ, mais en tant que Christ devant mourir.

           

Pourquoi cette répétition ? Parce que cette fois la voix venue du Ciel ne s'adresse pas à Jésus lui-même, mais à ses disciples. Par cette seconde intervention, elle proclame à nouveau : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », mais en s'adressant à ses compagnons : « Celui-ci est mon Fils : écoutez-le ! ».
Parce que maintenant l'appel, la vocation, ne vise plus Jésus mais ses compagnons ; elle interpelle leur foi : ‘Celui-ci est la lumière’, et elle les recrute : ‘Vous serez, vous êtes déjà, ses témoins !’

En s'illuminant ainsi à leurs yeux, Jésus (ou Dieu qui le suscite) manifeste que Jésus n'est pas simplement un illuminé, mais qu'il est lui-même la lumière, toute lumière, lumière pour eux, lumière pour Israël, lumière pour l'humanité. Une pure lumière, rayonnante et qui s'apprête à rayonner sur le monde entier.

Lumière de vérité. De justice. De fraternité. De don. Cautionnée et gagée par les deux plus grandes figures de la tradition juive : Moïse et Elie. Moïse le législateur suprême ; Elie le prototype du prophète. La Loi et la Parole… Et leur présence ensemble autour de Jésus, succédant au Saint-Esprit présent lors de son baptême, montre qu'elles se réunissent en un seul, en Jésus : à la fois la direction, le guide de notre vie et de notre justice, la Loi ; et l'appel, l'invitation personnelle de Dieu, qui frappe inlassablement à la porte de chacun de nos cœurs, la Parole.

Alors pourquoi cette vision, cette transfiguration devant Pierre, Jean et Jacques ? Pour leur dire, à eux, à nous, que cette lumière que Jésus porte, eux aussi la porteront. Mais que, comme Jésus devra passer par une mort et une nouvelle naissance, eux aussi devront passer par un renoncement et un don de soi, une nouvelle naissance.

Mais ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas que ce n’est qu’une vision. Surtout, ils ne peuvent concevoir que Jésus doive mourir, et encore moins ressusciter.

 

Et nous, sommes-nous toujours capables d'admettre qu'il nous faut mourir à nous-même pour renaître à la vie, renaître autrement ? Renaître au service de la lumière ?

Pourtant il s'agit bien de cela : cette transfiguration de Jésus, cette nouvelle naissance de Jésus en tant que Messie, nous appelle nous-même à une transfiguration, à une nouvelle naissance, sitôt que nous comprenons que Jésus est, non pas lumineux et habillé d'un blanc qu'aucune lessive ne saurait apporter, mais qu'il est lui-même la lumière. Alors, nous aussi, nous sommes appelés à la recevoir et à devenir lumière autour de nous, à naître à nouveau pour devenir cette lumière. A répondre à l'appel que Dieu nous adresse personnellement, comme Jésus a répondu à son appel lors de son baptême. Un appel qui nous invite, nous aussi, à renoncer à nous-même pour renouer avec nous-même et nous offrir à une vie plus large, une vie partagée avec l'humanité entière, ses drames, ses joies, et ses espoirs, ses combats aussi, une vie qui aime la vie de l'humanité et se met au service de tous ses membres.

           

On dit de certaines personnes qu'elles sont rayonnantes. Il y en a plusieurs, ici. C'est qu'elles sont transfigurées. Et c'est un fruit de la foi, qu’on observe souvent sur le visage de personnes qui viennent à la foi et se mettent à donner, à aimer.

Une nouvelle naissance, pour une vie nouvelle, qui, pour chacune et chacun sera différente, personnelle, et en même temps partagée dans une communauté. Une vie que Dieu Lui-même nous murmure au creux du cœur, chaque fois que nous nous mettons à genoux.

Quelle sera-t-elle ?

Nous le savons : réorientée de soi vers autrui, nourrie et heureuse du souci et de l'amour du prochain, du lointain, de l'humanité ; du petit et du différent. Nourrie aussi de la Parole, celle qui jaillit de la Bible quand elle aussi devient lumière.

           

C’est aussi ce que dit le Talmud, l’extraordinaire héritage du judaïsme, et son vertigineux système de réflexion. Le Talmud, c'est plus qu'un livre, c'est cette véritable bibliothèque qui recueille les interprétations des plus grands savants juifs pendant des siècles. Des Juifs pour lesquels l’interprétation de la Bible n'est jamais close, mais toujours vivante et infinie. Une pensée tellement travaillée à travers les siècles qu'elle précède souvent la nôtre et peut nous aider à voir clair.

Que dit par exemple le Talmud de la Transfiguration ? Rien, bien sûr. Si ce n'est que, quand Moïse redescend du Sinaï, son visage lui aussi rayonne de lumière, rayonne de la gloire de Dieu, qui rejaillit sur la Loi que Moïse transmet au peuple. Et ses proches en sont effrayés. De son côté, Elie est le seul prophète à avoir été enlevé au Ciel dans un feu de lumière, sans avoir à mourir et sous les yeux effarés de son disciple Elisée.

Cela ressemble, non ?

Et à propos de la Bible, que dit le Talmud ? Là, j'ai retenu quatre étincelles.

  • D'abord une image rafraîchissante : et si la Bible était tout simplement le fameux arbre au milieu du jardin d'Eden ? Le double arbre : celui de la Vie et celui de la Connaissance du bien et du mal, ces deux arbres interdits dont on se demande encore quel était le goût de leurs fruits… Peut-être celui -là : le goût de la Bible, le goût de la Parole de Dieu quand on la reçoit dans ce Livre. La Bible, arbre de vieet de connaissance du bien et du mal…Joli, non ?
  • Deuxième étincelle : les sages du Talmud se disputent âprement pour savoir si l'étude de la Bible conduit à la spiritualité, ou bien si cette étude est déjà en elle-même la spiritualité… Mais ne savons-nous pas déjà, nous, ici, que la Bible peut être questionnée, interprétée, commentée, comprise, pour nous conduire à la foi et à la prière ; mais qu'à d'autres moments sa seule lecture est déjà foi, est déjà prière, déjà un dialogue entre Dieu et nous…
  • Troisième étincelle : le Talmud suggère, avec Moché Cordovero, que « Chaque Juif contient une étincelle de tous les autres Juifs, et que, quand l'un d'eux étudie la Sainte Torah, il élève tous les autres N'en est-il pas de même pour nous ? Que chaque chrétien contient une étincelle de tous les autres, et que, quand l'un ou l'une d'entre eux étudie la Sainte Bible, il ou elle élève tous les autres…
  • Enfin, quatrième étincelle : le Talmud, d'un clin d'œil nous prévient : « Si tu t'éloignes de la Bible un jour, elle s'éloignera de toi deux jours… ». Il en est de même pour nous, pour toi, pour moi, n'est-ce-pas ?

           

Voilà : c'est aussi celle-là, la lumière qui émane de Jésus, et qui est capable de nous transfigurer à notre tour.

Chacune, chacun de nous est adopté par Dieu Lui-même comme son enfant, en chacune et chacun de nous Dieu le Créateur se réjouit, et Il l'appelle. Pour cette vie plus vaste, plus heureuse, plus lumineuse et partagée avec d'autres, qu’Il peut t'offrir, à toi, à nous tous, pour que tu étincelles.

 

Il l'a promis ; non pas à travers mes pauvres mots, mais par la lumière de la Bible.

 

 

 Jean-paul Morley

Cultes du 20 novembre 2016,

Avec confirmation d’adulte.

 

Lectures :       Marc 9 : v. 2 à 9

Siracide 4 : v.11 à 16

Cité dans Talmud, enquête dans un monde très secret, Pierre-Henri SALFATY, Albin Michel 2015, p 122

Idem, p 142

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